mercredi 2 avril 2025

LE PEN

                                       EDITORIAL DE LA SEMAINE


Marine Le Pen se prend la « prison ferme » qu’elle réclame pour d’autres !

« L’arme de l’inéligibilité devra être utilisée avec beaucoup plus de rigueur », écrivait Marine Le Pen en 2012… La voilà prise au mot, avec une condamnation à quatre ans de prison dont deux ferme et cinq années d’inéligibilité. Et les cadres du RN de venir aboyer sur les plateaux en défense de leur patronne. Quand de grosses pointures de la bourgeoisie tombent sous le coup de leur propre justice, ça crie au scandale. Un retour de bâton pourtant réjouissant !

Car Marine Le Pen est reconnue coupable d’avoir détourné de l’argent public, 4 millions d’euros, pour faire tourner son parti et avoir fait croquer les fidèles, la famille et les copains. Sa sœur, sa belle-sœur, son ex, son assistante, tous étaient rétribués entre 5000 et 9000 euros pour des tâches dont ils ne s’acquittaient pas. Le Pen payait même le majordome de papa avec l’argent du Parlement. Imaginons la réaction de tout ce beau monde si un jeune ou un simple travailleur volait 4 millions d’euros !

Et pourtant, de l’extrême droite à la gauche, en passant par Bayrou qui s’est dit « troublé », tous viennent au secours de Le Pen. Même Mélenchon, en déclarant que « la décision de destituer un élu devrait revenir au peuple ». Mais c’est tout vu pour beaucoup, ce culot à se dire championne du droit et de l’ordre… et à s’asseoir dessus !

C’est la démocratie qu’on assassine ?

Tête haute et mains dans la caisse, les soutiens de Le Pen affirment que la démocratie est en danger. Même Poutine, Orbán et Musk osent pleurer sur la démocratie bafouée ! La peine prononcée doit s’exécuter immédiatement, même si Le Pen fait appel : elle sera donc privée de présidentielle. Et c’est ça pour eux, le summum de la démocratie : aller voter une fois tous les cinq ans pour une millionnaire tricheuse, raciste et au service du patronat !

Le RN se pose en victime, en martyr d’un « système » qui voudrait sa peau. Or, c’est tout le contraire ! Au fil des années, les idées et mensonges réactionnaires et racistes du RN sont repris à des degrés divers par les partis du pouvoir institutionnel. Depuis neuf mois, le RN est carrément intégré à une forme de coalition parlementaire qui va du PS à l’extrême droite, derrière Bayrou et Macron. Sur le plan international aussi, le RN se pose en parti respectable, reçu par Trump et Netanyahou. À l’occasion des dernières législatives, il a d’ailleurs quelque peu nettoyé son programme des promesses sociales les moins acceptables pour le patronat, notamment la retraite à 62 ans. L’épisode du procès Le Pen confirme que le RN est un parti bien bourgeois, jusque dans les magouilles et le pouvoir lié au pognon de cette classe. Un parti anti-ouvrier. Et avec ou sans Marine Le Pen, évidemment il le restera !

Un jugement n’a jamais fait taire l’extrême droite

Il n’est pourtant pas exclu que Le Pen et ses proches cherchent à tirer profit de leur condamnation, en termes de popularité qui se reporterait sur le successeur pressenti, Jordan Bardella. D’autres dirigeants d’extrême droite, Trump le premier, ont pu jouer sur cette corde pour accéder au pouvoir. Qu’importe qu’ils promettent la probité, qu’ils disent comme l’avait fait Bardella en novembre dernier qu’avoir un casier judiciaire est incompatible avec le fait de se présenter aux élections : une fois condamnés, ils crient au complot !

On n’en a évidemment pas fini avec l’extrême droite. Ce jugement a le mérite de révéler que le RN est un parti finalement comme les autres (se faire attraper pour détournement de fonds public, c’est quasiment un rite initiatique dans ce milieu politicien). Pour faire reculer l’extrême droite, il va falloir défendre haut et fort nos idées de solidarité et internationalistes, et faire vivre dans la lutte de classe l’unité de tous les travailleurs pour leurs conditions de travail et de vie, contre les divisions racistes distillées par les exploiteurs et les politiciens qui en défendent les intérêts, RN en tête.

Editorial du NPA Révolutionnaires du 1er avril 2025

mardi 1 avril 2025

HAUSSE

 

Hausse de la mortalité infantile en France : l’austérité tue

Avec un taux de mortalité infantile atteignant désormais 4,1 décès pour 1 000 naissances vivantes, la France, en haut du classement européen il y a 25 ans, a dégringolé tout en bas : 23e sur 27. En cause, les politiques austéritaires qui sabordent le système de santé public. Acculée par le scandale, la ministre de la Santé, Christine Vautrin, s’est sentie contrainte d’annoncer la mise en place de registres des naissances et de décès – une revendication des professionnels de santé signataires d’une récente tribune dans Libération. Mais, outre qu’aucun calendrier n’a été donné, ces registres ne permettront que de prouver des causes déjà connues – causes dont le gouvernement porte toute la responsabilité.

Ces causes, les professionnels de santé n’ont de cesse de les dénoncer. La fermeture quasi systématique des maternités de proximité, au prétexte de leur faible activité et donc expertise, achève de détruire un maillage de santé élémentaire – il en existe aujourd’hui trois fois moins qu’en 1975. Pourtant, les chiffres le montrent, un trajet supérieur à 45 minutes double le taux de mortalité périnatale. Et l’accompagnement de proximité a fait ses preuves, comme en Suède, en tête du classement avec un taux de mortalité infantile à 2,2, où le one-to-one est la règle : une sage-femme par femme enceinte.

Héritée d’un élan de modernisation des années 1980, cette tendance à concentrer l’activité dans des méga-structures – ou « usines à bébés » – est aujourd’hui mortifère : d’un côté des déserts médicaux, de l’autre de grosses structures à la pointe de l’équipement, mais dont la réduction des moyens en termes de personnel et de lits, comme partout à l’hôpital, rend les prises en charge souvent infernales. Il n’est pas rare que les sages-femmes se retrouvent seules avec quatre ou cinq patientes à charge et donc incapables de faire un suivi rapproché pour prévenir les complications. Et une fois l’accouchement passé, on pousse les gens vers la sortie, pour libérer les lits et accroître l’activité – productivité imposée par la tarification à l’acte. Résultat : en 20 ans, le nombre de lits diminue bien plus vite que le nombre d’accouchements, la « durée moyenne de séjour » aussi, et le turn-over est décuplé.

C’est donc la réduction drastique des moyens qui tue. Devant la fuite des agents refusant ce système maltraitant, les petites structures, elles, tournent avec des intérimaires dont l’exercice ne permet en rien la continuité des soins. Quant à la prévention, elle est largement laissée pour compte. En 20 ans, le nombre de mères et d’enfants suivis par les services de la PMI (protection maternelle et infantile) a été divisé par deux. Un scandale sanitaire et social, puisque la précarité multiplie par cinq les risques d’issues malheureuses.

Julie Valader

lundi 31 mars 2025

meeting

 

secu

 

De l’argent pour la Sécu… pas pour les obus !

27 mars 2025 à Paris. Manifestation étudiante contre les coupes budgétaires

 

 

L’heure serait donc à la guerre. Prétextant que Poutine est aux portes de l’Europe alors que son armée s’est enlisée en Ukraine, Macron annonce 68 milliards pour l’armée d’ici 2030. La Commission européenne a, quant à elle, autorisé 800 milliards de dépenses militaires supplémentaires. Produire un avion Rafale coûte au moins 160 millions, dix fois plus qu’une école ou un bloc opératoire. L’austérité ce n’est pas pour tout le monde : il n’y a plus d’argent pour nos vies, mais il y en aurait pour la mort ?

Un système de guerre permanente

Dans le système capitaliste, la guerre est permanente. Aujourd’hui, elle ravage l’Ukraine, la Palestine, la République démocratique du Congo, la Syrie ; hier, l’Irak, l’Afghanistan, et des dizaines de guerres nous séparent encore de celles du Vietnam ou d’Algérie il y a un demi-siècle.

Trump, Macron, Poutine : aucun dirigeant capitaliste ne veut la paix. Leur unique but est d’étendre leur puissance, de mettre la main sur les ressources minières, comme en Ukraine ou d’assurer aux promoteurs immobiliers l’accès à des marchés de reconstruction, comme à Gaza. Et bien sûr, de faire exploser les bénéfices des industries de l’armement. Les drames des uns sont les aubaines des marchands de mort. Ni les politiciens ni leur prétendu droit international n’y mettront fin. Le capitalisme, c’est la concurrence, la loi du plus fort.

Guerre, nationalisme, racisme : un triptyque perdant pour les exploités

Mais les plus forts, ce sont bien les travailleurs et travailleuses, qui font tourner la société et n’ont aucun intérêt commun avec les entreprises qui les exploitent ici et profitent des guerres là-bas.

Pour chercher à nous diviser, les Retailleau, Darmanin, Le Pen, Bardella utilisent comme toujours leur arme favorite : la stigmatisation des musulmans, et en réalité des travailleurs originaires des anciennes colonies. Leur dernière obsession, interdire les pratiques sportives aux femmes voilées, sous prétexte d’« entrisme islamiste » dans le sport. Un amalgame de plus, tout comme celui qui voudrait confondre antisionisme, c’est-à-dire lutte contre le colonialisme israélien, et antisémitisme.

Mais ce piège ne prend pas ! Les manifestations contre le racisme et l’extrême droite du 22 mars dernier ont été des succès dans de nombreuses villes. La solidarité s’exprime aussi au quotidien, comme avec les jeunes mineurs isolés, que l’État et les pouvoirs publics s’acharnent à réprimer et à mettre à la rue.

Les divisions nationalistes et racistes sont autant de poisons qui permettent à la classe dominante de s’en prendre d’abord aux uns, les plus fragiles, qui assurent les boulots les plus pénibles, pour mieux écraser tout le monde à la fin. En Floride, aux États-Unis, les soutiens de Trump voudraient désormais remplacer les travailleurs immigrés par… des enfants et des adolescents !

Aller au-delà des mobilisations ponctuelles

Nous sommes nombreux à avoir la rage et l’envie d’en découdre avec le gouvernement, le patronat, leurs attaques et leur système. Une partie de la jeunesse étudiante se mobilise ces dernières semaines contre les coupes budgétaires dans les facs, exigeant du fric pour les universités plutôt que pour l’armée.

Mais quelques mobilisations et journées de manifestations ne suffisent pas : nous avons besoin d’un affrontement d’ensemble. Ni les partis de gauche, ni les directions syndicales ne cherchent à le préparer. Tous acceptent même le principe de l’effort de guerre, cherchant, au mieux, à l’amender pour mieux répartir les efforts avec les plus riches.

Affirmons au contraire que les guerres, l’armée et le drapeau des capitalistes français ne sont pas les nôtres. Non à l’union nationale : si tu veux la paix, n’aide pas les capitalistes à préparer la guerre !

Éditorial du NPA-Révolutionnaires du 31 mars 2025

 

 

champs

 

Champs de bataille : l’histoire enfouie du remembrement, bande dessinée d’Inès Léraud et Pierre Van Hove

Champs de bataille : l’histoire enfouie du remembrement
Bande dessinée d’Inès Léraud et Pierre Van Hove
éditions Delcourt (La revue dessinée)

 

 

Après Algues vertes, l’histoire interdite, qui dénonçait les méfaits de la pollution de l’agrobusiness sur l’environnement, Inès Léraud, journaliste indépendante, propose une nouvelle enquête sur une histoire souvent méconnue qui a bouleversé le paysage de nos campagnes : le remembrement.

Les acteurs du remembrement ont profondément modifié le paysage mais pas seulement, c’est aussi un plan social, parmi les plus importants qu’ont connu la France.

Entre 1946 et 1974, la population paysanne passe de 7 millions à moins de 3 millions de personnes. Après 1945, l’État a initié une politique de confiscation et redistribution des terres ; les surfaces cultivables se sont agrandies ; la mécanisation et l’utilisation des engrais chimiques s’est accélérée ; les villages se sont transformés et la main-d’œuvre agricole envoyée dans les usines.

Dans l’idée de ses promoteurs et des ingénieurs, l’objectif de ce bouleversement était de créer un outil de production, la terre, qui allait pouvoir être rentable et permettre l’exportation, notamment de céréales. Il fallait à tout prix augmenter les rendements et « nourrir la population ».

Le remembrement a permis et encouragé le développement d’une agriculture productiviste dont on voit aujourd’hui les limites : dépendance aux produits phytosanitaires, aux marchés et aux subventions.

Il s’est parfois effectué dans la douleur, la résistance et la contestation comme à Trébrivan (Côtes-d’Armor) en Bretagne. L’État a alors demandé aux « forces de l’ordre » de rosser les récalcitrants. Les CRS étaient présents en permanence sur la commune. Pendant toutes ces années, les femmes souvent en tête dans les manifestations selon les rapports de gendarmerie et des renseignements généraux, n’apparaissent pas dans les archives, sans doute parce que la presse leur donnait rarement la parole. Elles ont cependant été très actives lors des mobilisations et des actions engagées.

Quelques attentats du Front de libération de la Bretagne (FLB) contre les entreprises de matériel agricole ont ponctué ces années de luttes.

Le remembrement a souvent bien servi en terres les paysans les plus riches ou proches du pouvoir. Encore aujourd’hui, dans les villages, certaines familles marquées par des inégalités de redistribution ne se parlent pas. La plupart des communautés villageoises garde en mémoire le positionnement des familles. Les pour et les contre…

Inès Léraud, conseillée par Léandre Mandard (qui prépare une thèse sur le remembrement), s’appuie sur des recherches précises, des rencontres avec des paysans mais aussi le ministre Edgard Pisani, ou René Dumont avant qu’il ne devienne écologiste. Cette enquête a demandé quatre ans de travail pour documenter un phénomène social et politique peu traité et ses conséquences : des ravages environnementaux, la disparition des haies, de la biodiversité, des modifications du tracé de cours d’eau. Mais aussi des drames humains, suicides, divorces, exode rural.

On retrouve Pierre Van Hove au dessin et Matilda aux couleurs. Le dessin illustre parfaitement les témoignages, les paysages, le portrait des différents acteurs. Un dossier d’archives dense et passionnant complète l’album. On y trouve des témoignages écrits, des demandes de recours lorsque le fermier est lésé par la redistribution des terres ou que son verger en production est détruit par les bulldozers.

Aujourd’hui, le massacre se perpétue, on continue à détruire des centaines de kilomètres de haies, plus de 20 000 kilomètres par an ! Il est plus que temps de changer les pratiques agricoles.
Une lecture indispensable à la compréhension de notre environnement, de nos paysages et des décisions politiques qui ont conduit à ce grand chambardement.

Jeanne Travers, le 28/03/2025