lundi 17 août 2026

ITALIE

 

Italie : un discours fasciste et sexiste

En Italie, le scoop politique de l’été est la création du parti néofasciste Futuro Nazionale par l’ex-général Roberto Vannacci, qui reproche au gouvernement Meloni de ne pas respecter ses engagements. Ce parti, qui revendique 100 000 adhérents, vient de publier son programme : « Un projet politique italien enraciné dans la tradition romaine et chrétienne » qui promet « une aventure nouvelle, celle d’une droite identitaire, pure et vitale »… En fait, un ramassis des pires préjugés réactionnaires.

Bien entendu, les migrants sont la principale cible du parti néofasciste. L’immigration est décrite en termes apocalyptiques : « Une véritable invasion, imposant de nouveaux modèles culturels, la destruction du corps et de l’âme de l’Italie et bouleversant nos lois, nos traditions, notre sécurité et notre liberté de continuer à vivre chez nous selon ce modèle que nous avons défendu et promu depuis des millénaires. »

Mais les « valeurs » de l’extrême droite sont également incompatibles avec l’égalité des sexes et le droit des femmes et des minorités sexuelles. Sur ce point, le programme est édifiant : l’an dernier, en Italie, 97 femmes ont été victimes de féminicides, le plus souvent de la part de leurs conjoints ou ex-conjoints, mais Futuro Nazionale promet d’abroger l’article du Code pénal, qui a introduit la notion de « féminicide », préférant parler de « violences passionnelles » (sic). Haro donc sur « un féminisme désormais bien ancré et le mythe d’une égalité qui nie les différences et les spécificités », et sur « le modèle éducatif de gauche, fondé sur l’idéologie de la lutte constante contre le patriarcat ». D’ailleurs, l’augmentation des violences faites aux femmes serait due à… « la disparition de toute trace de société patriarcale ». C’est pourquoi Futuro Nazionale veut « protéger le modèle du “patriarcat méditerranéen” qui vise à former des hommes forts capables de maîtriser leurs émotions et leurs passions et de protéger les femmes ».

Futuro Nazionale entend également « défendre la famille naturelle » et « privilégier la nécessité de promouvoir la vie, à commencer par le renouveau démographique » : dans la « société patriarcale », le rôle des femmes n’est-il pas de faire des enfants ?

Voilà le futur que promet l’extrême droite. Mais les femmes n’ont pas besoin d’« hommes forts » pour les protéger… ou les assassiner quand ils ne sont pas capables de « maitriser les émotions ».

Seules des femmes émancipées donneront des générations d’hommes libres.

Comme le disait le socialiste allemand August Bebel : « L’avenir appartient au socialisme, c’est-à-dire à l’ouvrier et à la femme. »

Thierry Flamand

ORWEL

 

L’invisible Madame Orwell, d’Anna Funder

L’invisible Madame Orwell, d’Anna Funder
10/18, 528 p. 9,90 €

Depuis quelques années, plusieurs livres sont parus sur les compagnes de « grands hommes » pour souligner leur rôle essentiel – et ignoré, voire occulté – dans l’émergence des idées de leur compagnon. Une lectrice nous signale l’ouvrage d’Anna Funder, L’invisible Madame Orwell, et nous fait parvenir sa recension de l’ouvrage que nous publions ci-dessous.

Pourquoi lire L’invisible Madame Orwell d’Anna Funder ?

Pour découvrir comment Eileen, sa femme, a permis aux textes de George Orwell d’être ce qu’ils sont.

Pour réaliser que, sans partenaires à leurs côtés, qui assurent la matérialité de la vie quotidienne et assument les situations exceptionnelles, les écrivains parviendraient difficilement à créer une œuvre.

Pour éviter de faire partie des trentenaires qui, dit George Orwell dans Pourquoi j’écris, « renoncent à leurs ambitions personnelles […] et se consacrent essentiellement aux autres, quand ils ne sont pas tout simplement écrasés par le train-train quotidien ».

L’autrice, parce que son projet d’écriture vient se heurter à ses rôles de mère, d’épouse et de professionnelle, démontre dans cette biographie comment Eileen a renoncé à sa part créative et l’a mise à disposition de son compagnon. Elle fait ainsi apparaître le rôle fondamental qu’a joué Eileen tant dans l’écriture d’Hommage à la Catalogne que dans celle de La Ferme des animaux. Elle nous révèle une compagne prête à faire face à tous les dangers pour sauver George Orwell et d’autres militants de l’Independent Labour Party (le Parti travailliste indépendant), proche du Poum, en les faisant sortir d’Espagne quand Staline lançait ses sbires à leurs trousses pour trotskisme. Elle nous montre son courage, sa ténacité et son abnégation.

La position de l’autrice est clairement revendiquée : le livre analyse les mécanismes du patriarcat, « comment les hommes peuvent s’imaginer innocents au sein d’un système qui leur bénéficie et qui coûte aux autres », et la façon dont l’Histoire invisibilise les femmes.

M.-O. V.

vendredi 14 août 2026

15 SEPTEMBRE

 


    LA CGT GUINGAMP S'ACTIVE POUR PREPARER  LA   

                  MANIFESTATION REGIONALE 

                    DE RENNES LE 15 SEPTEMBE.


israel

 

Israël : agressions racistes contre les travailleurs arabes

À Jerusalem en particulier, les chauffeurs de bus et les éboueurs arabes sont fréquemment l’objet d’agressions racistes de la part de jeunes juifs ultra-orthodoxes.

Selon le syndicat Koach LaOvdim, (« le Pouvoir aux travailleurs »), qui met l’accent sur les intérêts communs de travailleurs juifs et arabes et représente environ 6 000 des quelques 20 000 chauffeurs de bus d’Israël, plus de 100 chauffeurs ont été blessés, l’an dernier, lors d’agressions. Malgré les preuves vidéo, 90 % des affaires sont classées sans suite… Les agresseurs savent agir en toute impunité puisqu’ils sont très rarement arrêtés et encore plus rarement jugés.

Dernière agression en date : un chauffeur de la compagnie Superbus a été violemment agressé le 2 août, alors qu’il était arrêté à un feu rouge. Il a perdu connaissance et a eu des blessures au visage et quatre dents cassées. Le syndicat Koach LaOvdim et le comité des employés de Superbus ont décidé de boycotter certains quartiers particulièrement dangereux la nuit et ont appelé les chauffeurs de bus à une grève, le 5 août, suivie par des centaines de travailleurs, qui ont déclaré que, si besoin, ils étaient décidés à refaire grève. Car, s’ils dénoncent l’inaction de la police et de la municipalité, c’est avant tout sur leurs luttes qu’ils devront compter pour mettre fin aux violences racistes.

mardi 11 août 2026

mamma

 

Big Mamma : le capital veut aussi sa part des pourboires

Un lundi de juillet, devant le restaurant East Mamma du 11e arrondissement de Paris, une vingtaine de militants du collectif Mise en place (MEP, collectif de travailleurs isolés des hôtels, cafés, restaurants), aux côtés de salariés de la restauration et de soutiens syndicaux, se sont rassemblés pour dénoncer les pratiques du groupe Big Mamma : les conditions de travail dans ses restaurants, mais aussi l’utilisation de la plateforme de pourboires Sunday.

Les manifestants ont distribué des tracts aux clients et aux passants, dénonçant « heures supplémentaires impayées », « plannings modifiés au dernier moment » ou encore « salaires inférieurs aux minimums légaux » et « témoignages de harcèlement managérial ». Les tracts rappelaient également que plusieurs salariés ont quitté leur poste à la suite de ces conditions de travail qu’ils jugent insupportables.

Mais la critique ne s’arrête pas aux pratiques d’un employeur peu scrupuleux. Le système de pourboires mis en place par Sunday représente une nouvelle étape dans la marchandisation du travail et l’abus de l’exploitation dans le milieu de la restauration.

Sunday est la plateforme de paiement créée par l’un des fondateurs du groupe Big Mamma. Son fonctionnement est simple : le client scanne un QR code, paie son addition et ajoute, s’il le souhaite, un pourboire. Mais avant d’arriver dans la poche des salariés, cet argent transite par une plateforme contrôlée par les patrons du groupe, qui prélève 9 % sur chaque pourboire. Ce qui est présenté comme une simple solution de paiement devient en réalité un nouveau moyen de ponctionner une partie de la rémunération des travailleurs. Big Mamma ne se contente plus de tirer profit du travail de ses salariés : le groupe prélève désormais sa part jusque sur les pourboires qui leur sont destinés.

Correspondant

 

 


 

 

Plus que des pourboires, des salaires pour vivre

En prélevant une part sur les pourboires des travailleurs, la plateforme vient empirer le vieux mécanisme d’exploitation qu’est le pourboire. Dès la fin du XIXe siècle, les syndicats de l’hôtellerie dénoncent ce système qui fait dépendre une partie du salaire de la générosité des clients plutôt que de l’employeur. À la veille de la révolution russe d’octobre 1917, le journaliste américain John Reed raconte dans Les Dix Jours qui ébranlèrent le monde qu’à son arrivée à Petrograd, de nombreux cafés et restaurants affichaient des pancartes invitant les clients à ne pas laisser de pourboire, les travailleurs devant vivre de leur salaire et non de la charité. Quelques années plus tard, cette même revendication réapparaît dans certains restaurants français au moment des luttes sociales de 1936. Un siècle plus tard, ce système qui fait dépendre une partie du revenu des salariés de la générosité aléatoire des clients tient toujours. Non seulement il permet de réduire le salaire versé par le patron, mais il place les travailleurs dans une situation de dépendance vis-à-vis de la clientèle.

Les pourboires n’appartiennent en aucune manière au patron, et les travailleurs ont bien raison de se battre pour en récupérer l’intégralité. En plus de cette revendication, ils auront à lutter pour des salaires fixes et qui permettent de vivre dignement, financés par les richesses qu’ils créent eux-mêmes. Ce sont les cuisiniers, les serveurs, les plongeurs et l’ensemble du personnel qui font vivre les restaurants et créent ces richesses, il est donc légitime qu’ils en soient les bénéficiaires.

Cassian Michelle