jeudi 6 août 2026

anar

 

Initiative anarcho-syndicaliste : « À rebours de la propagande d’une Serbie pro-russe, la Serbie est un État vassal complet de l’Otan »

Mobilisation devant le siège de la télévision serbe en avril 2025. Source : wikipedia

Un militant serbe de Belgrade, au sein de l’Initiative anarcho-syndicaliste, raconte comment se positionne le pays face aux tensions impérialistes, entre un pouvoir pro-Occidental et une population en rejet.

Pourrais-tu présenter ton organisation ?

L’Initiative anarcho-syndicaliste est un syndicat révolutionnaire actif en Serbie depuis 25 ans. En plus de nos activités syndicales, nous organisons chaque année des manifestations et des conférences antiguerres, qui nous permettent de beaucoup recruter depuis 2022. Quand la guerre en Ukraine entre l’Otan et la Russie a commencé, beaucoup de Russes et d’Ukrainiens ont fui vers la Serbie, l’un des rares pays d’Europe qui n’avait pas de lois racistes antirusses. Ainsi, 100 000 réfugiés sont arrivés à Belgrade, dans une ville de 2 millions d’habitants ; cela change un peu la donne. Au-delà de notre empathie envers ces gens qui fuyaient, certains se sont révélés être des camarades antimilitaristes et ont rejoint notre organisation.

Comment l’Union européenne, les États-Unis et la Russie s’affrontent-ils dans les Balkans ?

Il existe l’image d’une Serbie pro-russe, fruit d’une propagande destinée au peuple serbe. Mais la Serbie est un État vassal complet de l’Otan. C’est un des principaux exportateurs d’armes et de munitions vers l’Ukraine, notamment parce que les armes serbes utilisent les mêmes normes que les armes en Ukraine (héritées de l’URSS), différentes de celles de l’Otan. Le pays est issu de l’implosion de la Yougoslavie socialiste. Après avoir rompu avec Staline en 1948, la Yougoslavie s’est rapprochée de l’Occident, se revendiquant « neutre ». En réalité, elle alternait les périodes pro-Ouest et pro-Est. Au début des années 1990, la guerre a éclaté en Yougoslavie et le pays a été divisé en six : Croatie, Bosnie, Serbie, Monténégro, Slovénie et Macédoine. Ces petits États sont devenus des proies faciles pour les impérialistes, qui en ont fait des républiques bananières. Contrairement à la Slovénie ou à la Croatie, la Serbie n’est pas intégrée à l’Union européenne ou à l’Otan, qui a bombardé la Serbie en 1999, nourrissant une forte hostilité de la population.

Il y a une forte différence entre les sentiments de la population et ce que dit l’élite au pouvoir : les élites sont très favorables à l’Occident, alors que seulement 35 % de la population dit vouloir intégrer l’UE. De même, le Parlement et tous les partis sont pro-UE, alors que l’essentiel de la population est pro-russe et hostile à la guerre. Le gouvernement nationaliste en est bien conscient, mais il est lié aux impérialismes européen et américain. Pour ne pas se couper de la population, il se dit « neutre », évoquant la position de l’ex-Yougoslavie, mais organise en secret des exercices militaires avec l’Otan. Les journaux n’en parlent pas, mais le pouvoir russe le dénonce et montre ce qui est exporté en Ukraine. La plupart des investissements en Serbie viennent de l’UE et des États-Unis, puis de la Chine, tandis que seuls le gaz et le pétrole viennent de Russie. La France n’est pas en reste : Macron est le premier ami de la classe dirigeante serbe, qui lui achète des avions de chasse français. D’ailleurs, c’est l’entreprise française Egis qui va construire le métro de Belgrade.

Egis, c’est une entreprise peu connue en France, qui l’est beaucoup plus en Serbie. Raconte-nous pourquoi ?

En novembre 2024, à Novi Sad (deuxième plus grande ville du pays après Belgrade), le gouvernement a ouvert en grande pompe une gare qui venait d’être reconstruite par cette entreprise, Egis. Seulement quelques mois après son ouverture, une verrière s’est effondrée, tuant 16 personnes. Choquée, la population a organisé des manifestations, petites au début, avant que les étudiants ne les rejoignent. Le gouvernement a alors envoyé des voyous paramilitaires pour les attaquer en pleine rue. C’est à ce moment que les étudiants ont décidé d’occuper leurs universités. Le syndicat de l’éducation, qui nous est affilié, s’y est greffé. Depuis 2006, ce syndicat a participé aux blocages des facultés contre la hausse des frais de scolarité et pour l’amélioration des conditions de vie des étudiants. On a produit de nombreux écrits sur la question pour organiser des assemblées et les coordonner.

Pendant plus d’un an, toutes les universités en Serbie, privées comme publiques, étaient occupées et contrôlées par les étudiants, organisées selon le principe de la démocratie directe et coordonnées les unes avec les autres. Depuis janvier, les étudiants invitaient la population à s’organiser en assemblées populaires : il y en a désormais 300 en Serbie et elles constituent la colonne vertébrale d’une mobilisation qui dure depuis deux ans, malgré la répression d’État. Le pic de la mobilisation a été atteint [en mars 2025] quand les assemblées populaires ont appelé à une manifestation qui a réuni 500 000 personnes (dans un pays de 6,5 millions d’habitants) pour réclamer une enquête et trouver les coupables. C’est comme si un quart de Belgrade était dans la rue ! Une trentaine de permanences du parti au pouvoir ont été incendiées dans tout le pays, des postes de police aussi. En tant qu’anarchistes, ça nous a beaucoup diverti ! (Rires)

Il faut répéter que c’est la compagnie Egis qui est responsable de cet accident tragique. Et ça, seuls les étudiants le dénoncent. On nous vend soi-disant un niveau d’expertise brillant des compagnies européennes qui pourraient nous apporter bien des choses. Mais plutôt que de souligner la responsabilité de cette entreprise française, le parti au pouvoir continue de lui confier la construction du métro de Belgrade et préfère dire que ce sont les étudiants qui foutent le bordel.

lundi 3 août 2026

bigouden

 


MEETING

 


CAMP INTERNATIONAL


MEETING FINAL DU CAMP INTERNATIONAL DE SEGOVIE ETAT ESPAGNOL

POUR UN POLE INTERNATIONAL DES REVOLUTIONNAIRES

ceuta

 

Ceuta : à bas la campagne raciste contre nos frères et sœurs migrants ! Les seules « menaces » sur nos vies, ce sont les milliardaires et les chiens de garde qui les servent !

S‘il faut parler de drame pour les événements des derniers jours à Ceuta, cela devrait être pour la noyade des 70 jeunes morts en essayant de traverser la frontière entre le Maroc et l’Espagne dans l’espoir de vivre une vie un peu meilleure. Avant eux, on compte déjà des dizaines de milliers de migrants dont les cadavres font de la Méditerranée un cimetière, des jeunes travailleurs, des jeunes étudiants, qui pourraient être nos enfants ou nos collègues. Leurs frontières, nos morts !

Être obligé de quitter son pays, sa famille, risquer sa vie pour tenter de mieux la gagner, c’est de cela que nous voulons parler, et pas de ce que serait telle ou telle manœuvre de dirigeants capitalistes, de tel ou tel pays, qui de toutes façons s’entendent toujours lorsqu’il s’agit d’hérisser les frontières de barbelés et de mener la guerre sociale contre leur propre population.

Nos vrais ennemis viennent en jet privé, pas à la nage

Qualifier l’entrée de migrants à Ceuta d’« attaque contre l’intégrité territoriale de l’Espagne », comme le fait le Premier ministre espagnol Pedro Sánchez, c’est tenter de faire diversion en présentant ces jeunes et ces travailleurs comme des ennemis qu’il faudrait abattre car ils menaceraient les emplois et les conditions de vie de ceux qui sont déjà sur le sol européen.

Qui nous impose des fermetures d’usines ? Les migrants, ou les Stellantis, les Sanofi, les Volskwagen… ? Qui nous impose les bas salaires ? Les migrants, ou les patrons d’Airbus ou d’Amazon ? Qui nous explique qu’il faut se préparer à envoyer nos enfants à la guerre ? Les migrants, ou les officiers d’état-majors de nos armées impérialistes ?

Ce sont d’ailleurs les grandes entreprises des pays les plus riches de la planète qui s’enrichissent par le pillage des ressources et du travail des populations en Afrique, et qui obligent les jeunes de ces pays à prendre la route de l’exil.

Faire la guerre aux migrants, c’est la faire à tous les travailleurs

Depuis avant-hier, les pourris de ce monde redoublent de déclarations attisant la haine contre les migrants de Ceuta. Aux États-Unis, Trump le bombardeur en chef de l’Iran et du Venezuela, compare les événements à une invasion. L’ambassadeur israélien à l’ONU lui emboîte le pas. En France, Le Pen et Bardella réclament un durcissement des contrôles aux frontières françaises. Et ce matin, on a vu 22 chefs d’États et de gouvernements européens, mêlant Merz à Meloni, fustiger des frontières « incontrôlées », allant jusqu’à revendiquer l’exclusion de l’Espagne de l’espace Schengen.

La réaction initiale de l’Allemagne a été de rappeler aux États membres de l’UE leur « devoir » de « protéger les frontières extérieures » et d’exercer des pressions sur l’Espagne pour « contrôler la situation à Ceuta le plus rapidement possible ». Cela, combiné à la prolongation des contrôles aux frontières allemandes.

Plevris, le ministre grec de la Migration, a décrit les événements en affirmant que des réseaux criminels cherchent des opportunités. Après tout, c’est ce même gouvernement et les mécanismes profondément racistes de l’État qui ont causé la mort de plus de 600 réfugiés à Pylos en 2023.

Dans l’État espagnol, nous condamnons le fait que le gouvernement PSOE-Sumar s’est empressé de déployer l’armée et de militariser davantage la frontière, qu’il a annoncé une réforme encore plus restrictive de la loi sur l’immigration pour prévenir de telles situations, et nous condamnons le fait que le gouvernement fasse pression sur la justice pour autoriser l’expulsion massive de ceux qui sont arrivés à la nage.

En France, le dirigeant de La France insoumise, Mélenchon, n’a rien trouvé de mieux à répondre au RN qu’il faudrait aider le Maroc à gérer ses frontières. Mais c’est déjà ce que fait l’Union européenne, en finançant indirectement des camps d’enfermement comme en Libye.

Travailleurs de tous les pays, unissons-nous !

Nous avons besoin de faire entendre une autre voix, indépendante de ces politiciens qui, chacun à sa manière, défendent ce système capitaliste. Un système dans lequel il n’y aura jamais de paix, dans lequel il y aura toujours de la misère, donc toujours des hommes et des femmes parmi nous qui chercheront un meilleur endroit où survivre.

Face aux attaques racistes, des révoltes et des solidarités existent par-delà des frontières. Des mobilisations comme celle des millions de manifestants contre l’ICE aux États-Unis.

Nos solutions de travailleurs, c’est d’ouvrir les frontières, car chacun devrait pouvoir vivre où il le souhaite. Natifs et immigrés, unis dans le monde du travail, il faut arracher le partage du temps de travail entre tous et l’interdiction des licenciements, arracher des augmentations de salaire pour tous et réquisitionner les logements vacants qui se comptent par dizaines de millions en Europe. Plus largement, c’est avec la barbarie de ce système capitaliste qu’il faut en finir !

Il faut que les travailleurs du monde entier se regroupent pour l’imposer, et c’est ce à quoi nos organisations appellent. Pour un monde sans frontières, sans guerre et sans exploitation !

Ségovie, le 1er août 2026

Izquierda Anticapitalista Revolucionaria (Izar, État espagnol), Nouveau Parti anticapitaliste-Révolutionnaires (NPA-R, France), Organisation des communistes internationalistes de Grèce (OKDE-Spartakos, Grèce), Revolutionär Sozialistische Organisation (RSO, Allemagne et Autriche), Speak Out Now (SON, États-Unis)

mardi 28 juillet 2026

feu

 

Incendies : des gouvernants incapables de prévenir ou guérir

De Bordeaux à Madrid, des feux extrêmes obligent des centaines de milliers de personnes à fuir les brasiers qui avalent forêts et habitations. En Gironde et dans les Landes, 1 700 pompiers sont mobilisés et 220 000 personnes ont déjà dû être évacuées dimanche. Au-delà des moyens réquisitionnés par l’État pour lutter contre l’incendie et accueillir ceux qui ont dû fuir – dans des conditions parfois très précaires –, partout, la solidarité se manifeste, ici spontanément, là organisée par les collectivités. Alors, aujourd’hui, l’heure est sans doute à la mobilisation générale pour lutter contre les flammes. Mais, demain, ce sera l’heure des comptes car, si la forme de l’incendie actuel était peut-être imprévisible, comme le répètent à l’envi préfets et ministres, les incendies, c’est surtout l’été, et l’été, c’est chaque année ! Quant aux conséquences du réchauffement climatique, elles sont documentées depuis plusieurs décennies. Alors, quand les experts disent que la situation était prévisible, quel est le mot que les gouvernants ne comprennent pas ?

Les moyens manquent

Après l’incendie de Die, fixé mais pas encore éteint, 42 000 hectares de forêts ont déjà brûlé dans les Landes et en Gironde, département qui avait déjà subi l’épreuve des flammes en 2022. Les renforts sont venus de nombreux départements, du matériel a été loué. Mais, seuls 7 des 12 Canadair étaient en état de voler ce samedi : avec 30 ans de moyenne d’âge, pannes et casses se multiplient. 12 Canadair… c’est une blague cruelle : Airbus produit davantage de A350 en deux mois et Dassault le double de Rafale en un an !

Question de priorités

Il ne faudrait pas qu’il y ait « trop » de bombardiers à eau qui risqueraient de ne pas être utilisés en permanence ? Ce n’est pourtant pas ce genre de logique qui retient nos gouvernants quand il s’agit d’acheter des avions de guerre ou des tanks ! Des Rafale et des chars qui attendent dans les hangars de l’armée, juste pour rendre crédible la capacité de l’impérialisme français à s’assurer la soumission d’autres pays, c’est ça la bonne prévention ? Par contre, quelque 40 ou 50 Canadair au cas où des dizaines de milliers d’hectares s’embraseraient, où des maisons brûleraient et où des gens risqueraient la mort, ce serait jeter l’argent par les fenêtres ? Là, il faudrait s’en tenir aux rustines de dernières minutes ? Le gouvernement a reconverti en bombardier à eau un avion de transport de l’armée : toute aide supplémentaire est certes bienvenue, mais il lui faut 2 h 30 pour pouvoir repartir, quand les Canadair tournent en continu !

C’est aussi en amont qu’il aurait fallu agir. De nombreux travaux pour empêcher ou ralentir la propagation des incendies sont réalisés dans l’urgence, divisant les forces sur le terrain, alors qu’ils auraient pu être réalisés plus tôt. Comme le dit le chercheur Éric Rigolot au Monde : « C’est en plein hiver, lors des saisons des pluies, quand nous n’avons plus le feu à l’esprit, que l’on peut agir. »

Tous les experts le disent : les canicules, les sécheresses sont hélas devenues récurrentes avec la crise climatique. On ne peut plus accepter des politiciens qui jouent les étonnés à l’arrivée de l’été et des fortes chaleurs. Macron adore se poser en chef de guerre, chaussé de ses lunettes fumées. Mais comprendre que les risques d’incendie, c’est l’été, c’est trop compliqué pour lui et les siens ? Leur aveuglement est structurel, car le système qu’ils défendent, le capitalisme, non seulement détruit la planète mais la logique du profit à court terme est la raison même qui nous prive des moyens de lutter contre la crise climatique et ses conséquences destructrices. Ils sont le poison et ils nous privent du remède.

Éditorial du NPA-Révolutionnaires du 27 juillet 2026

samedi 25 juillet 2026

loi

 

Loi d’urgence agricole : l’agriculture capitaliste nous emmène droit dans le mur, le gouvernement accélère !

Un « pestibar » mis en place par les opposants pour dénoncer les atteintes à l’eau potable permises par la loi d’urgence agricole. Photo PatrickGL

Dans la nuit du 20 au 21 juillet, l’Assemblée nationale a adopté le projet de loi d’urgence agricole porté par le gouvernement, la droite et l’extrême droite, tous aux ordres de la FNSEA, principal syndicat agricole et défenseur des intérêts de l’agro-business. Celle-ci avait profité de l’explosion de colère des éleveurs, lors de la crise de la dermatose nodulaire bovine de l’hiver dernier, pour imposer l’inscription à l’agenda législatif de nouveaux assouplissements à la protection de l’environnement. Pourtant, bien loin d’assurer de meilleurs revenus aux nombreux agriculteurs qui ne parviennent plus à vivre de leur travail, la nouvelle loi ne fait que préparer les prochaines crises agricoles.

Face à la crise de l’agriculture capitaliste : la fuite en avant !

Les députés ont notamment voté pour réautoriser l’acétamipride, un pesticide dont la toxicité est avérée pour les humains, et en premier lieu pour les agriculteurs qui l’utilisent, mais aussi pour les insectes pollinisateurs, indispensables à l’agriculture. La réintroduction de ce pesticide néonicotinoïde avait déjà été tentée par la loi Duplomb, soutenue par le gouvernement en 2025. Mais, cette mesure avait été censurée par le Conseil constitutionnel après qu’une pétition pour son retrait avait recueilli plus de 2 millions de signatures. Ainsi, les débats et oppositions à la loi d’urgence agricole se sont en grande partie cristallisés autour de l’article autorisant de nouveau l’utilisation de ce pesticide. Pourtant, certaines dispositions du texte sont tout aussi inquiétantes !

Certaines d’entre elles prétendent notamment favoriser l’accès à l’eau pour les agriculteurs. En vérité, elles ne peuvent qu’aggraver la crise qui touche déjà cette ressource. À tel point que même le Medef s’est alarmé « d’un accaparement sans contrepartie, sans contrainte et sans limite des ressources en eau par un acteur, au détriment des autres ». Le syndicat patronal s’inquiète notamment du fait que les commissions locales de l’eau, chargées de gérer la ressource, soient désormais dominées par les intérêts des agriculteurs, ou du moins de certains d’entre eux. La loi augmente en effet le nombre sièges attribués aux représentants du monde agricole dans ces instances, dans les faits souvent des représentants de la FNSEA et des grandes exploitations consommatrices d’eau. Dans la même optique, les agences de l’eau auparavant sous la seule tutelle du ministère de l’environnement passent aussi sous celle du ministère de l’agriculture et de l’économie.

Ces mesures s’inscrivent dans l’objectif de multiplier par deux les capacités de stockage d’eau pour l’irrigation, en favorisant les projets de mégabassine comme celle de Sainte-Soline. Or, dans les Deux-Sèvres, où ces aménagements ont vu le jour, ils ne profitent qu’à 7 % des agriculteurs, les plus grands exploitants qui ont les moyens de les financer et qui ont des cultures très gourmandes en eau : céréales et maïs en particulier. Ces derniers vantent l’aspect écologique de ces retenues, arguant que l’eau stockée est pompée en hiver lorsqu’elle est en surplus dans les nappes phréatiques. En réalité, ce pompage hivernal empêche la diffusion de ce surplus dans les roches calcaires poreuses qui contribuent au stockage de l’eau. Sans compter qu’avec le dérèglement du climat, les hivers secs se multiplient. Les mégabassines que les députés veulent multiplier favorisent donc les cultures les plus consommatrices d’eau, en contradiction totale avec les nécessités imposées par le changement climatique1.

Poursuivant cette logique, la loi d’urgence agricole prévoit de réduire la protection des zones humides. Celles-ci agissent pourtant comme des éponges en absorbant les précipitations, permettant ainsi de lutter contre les sécheresses et les inondations comme celles qu’a connues l’Ouest de la France l’automne dernier.

Enfin, la ressource en eau est aussi menacée par les dispositions facilitant l’installation et l’agrandissement des grands élevages intensifs. Les déjections animales produites en masse par ces exploitations viennent en effet polluer les rivières et les nappes phréatiques, rendant parfois l’eau impropre à la consommation dans des régions entières2 ! Sans compter que c’est dans ce type d’élevage que la surmortalité du cheptel liée aux canicules est la plus importante. Des millions d’animaux sont ainsi morts étouffés par la chaleur lors des trois dernières canicules de 2026 !

Des solutions existent…

Pourtant, de nombreux agriculteurs et scientifiques mettent en avant des solutions qui permettraient de nous nourrir à court terme tout en préservant, à long terme, les conditions des récoltes futures : remplacer une grande partie des espaces dédiés à la monoculture par des systèmes de polycultures plus résilients face aux maladies, aux insectes ou à la sécheresse ; planter des arbres et des haies tout en reconstituant les méandres des rivières pour retrouver des terroirs-éponges capables de mieux stocker l’eau ; réduire les cultures céréalières grandes consommatrices d’eau et majoritairement destinées à nourrir le bétail ; les remplacer par des légumineuses capables de fixer l’azote dans les sols et ainsi d’entretenir leur fertilité en utilisant moins d’engrais de synthèse ; par conséquent, diminuer la production de protéines animales au profit des protéines végétales.

Mais pas dans le cadre du capitalisme !

Mais, ces solutions ne peuvent être mises en place car elles se heurtent au principe de rentabilité qui pèse sur tous les agriculteurs. Si les arbres et les haies qui parsemaient les paysages des campagnes ont été arrachés au cours des années 1950-1960, si la polyculture a cédé la place à la monoculture, c’est qu’elles limitaient, à court terme, les bénéfices liés à la mécanisation. Le fait que les lois agricoles successives favorisent le gigantisme des élevages ou des bassins de rétention d’eau destinés aux grandes cultures céréalières s’explique aussi par cette logique. À l’heure où la productivité agricole stagne, voire décroît dans les pays capitalistes avancés, l’agriculture hautement mécanisée ne peut rentabiliser ses investissements qu’en réalisant des économies d’échelle. Ainsi, chaque capitaliste agricole est poussé à étendre sa production en agrandissant son exploitation. Cette course produit nécessairement ses gagnants mais surtout ses perdants, incapables de faire face à leurs dettes ou de dégager un revenu permettant de vivre de leur travail.

L’impératif de rentabilité impose aussi aux agriculteurs des choix de cultures, non pas fondés sur une planification permettant une gestion rationnelle des sols et de l’environnement, mais sur les profits escomptés à court terme. Ainsi, la consommation de viande, suscitée à grands renforts de publicité, ouvre des débouchés pour les cultures fourragères gourmandes en eau. C’est pourquoi la FNSEA pèse de tout son poids contre toute alternative végétale aux protéines animales dans l’alimentation humaine afin de maintenir un débouché indispensable aux céréaliers.

Incapable de sortir de cette course au profit, l’agriculture capitaliste est aujourd’hui telle que Marx la décrivait il y a 150 ans : « [chacun de ses] progrès est un progrès non seulement dans l’art d’exploiter le travailleur, mais encore dans l’art de dépouiller le sol ; chaque progrès dans l’art d’accroître sa fertilité pour un temps, un progrès dans la ruine de ses sources durables de fertilité. (…) La production capitaliste ne développe donc la technique et la combinaison du procès de production sociale qu’en épuisant en même temps les deux sources d’où jaillit toute richesse : la terre et le travailleur ». Il est grand temps de renverser ce système capitaliste !

Arthur Sylvestre

 

 


 

 

1  Vincent Bretagnolle, « Les mégabassines ne résoudront pas la crise de l’eau », CNRS Le journal, 2023, https://lejournal.cnrs.fr/billets/les-megabassines-ne-resoudront-pas-la-crise-de-leau

2  Lire à ce propos notre article sur la lutte contre le projet de porcherie industrielle près du lac de Vassivière (Creuse) : https://npa-revolutionnaires.org/limousin-3-petits-cochons-ca-va-1-200-bonjour-les-degats/.