dimanche 14 juin 2026

INJ

 

Injections productives ?

La demande de Mounjaro et de Wegovy, traitements phares du laboratoire danois Novo Nordisk, ne cesse d’augmenter. À la base traitements contre le diabète de type 2, leur effet amaigrissant a poussé de nombreuses personnes à s’en faire prescrire. Malgré les risques de ces traitements, plusieurs États voudraient y voir un moyen de booster la productivité des travailleurs.

Maigrir c’est produire ?

Le gouvernement danois a annoncé vouloir étudier les effets de ces traitements sur le chômage et la productivité. Manière déjà d’individualiser les causes du chômage et de rendre les personnes en surpoids chômeuses responsables de leur situation. Manière aussi de dire que d’éventuels gains de productivité valent bien d’encourager la prise d’un traitement à l’efficacité d’ailleurs discutable et aux effets à long terme potentiellement dangereux. C’est encore la directrice santé de Dansk Erhverv, importante organisation patronale, qui en parle le mieux : « Si nous commençons à considérer la santé comme un investissement, les bénéfices se feront sentir bien au-delà du système de santé, sous la forme d’un plus grand nombre de personnes au travail, d’une productivité accrue et d’une meilleure qualité de vie. »

Pour le Danemark, cette étude est d’autant plus importante que Novo Nordisk pèse lourd dans l’économie du pays. Le laboratoire compte pour 10 % du PIB du pays. Si les résultats étaient concluants, ce serait un sacré coup de com’ pour le champion national. Mais le Danemark ne sort pas cette idée de nulle part. Fin 2024, le Royaume-Uni a lancé avec le groupe pharmaceutique Eli Lilly, qui développe le Mounjaro, une étude sur l’effet de ces traitements amaigrissants sur le retour à l’emploi et les économies pour le système de santé. L’an dernier, une étude estimait à 4,3 milliards de livres sterling de gain de productivité en généralisant ce genre de traitements.

Notre santé, pas la propriété

Pourtant, l’effet miracle de ces traitements est à relativiser. L’arrêt du traitement entraînerait une reprise de poids, et en lui-même, les effets secondaires sont parfois graves, potentiellement même mortels. La perte d’appétit liée à ces traitements peut entraîner des carences qui peuvent devenir graves, et même si aujourd’hui les décès, notamment par pancréatite, ne sont pas clairement attribués à leur prise, l’Agence nationale de sécurité du médicament est en alerte, avec peut-être en mémoire le scandale du Mediator. Pas de quoi décourager les labos et les États qui les protègent dans la généralisation de ces médicaments.

Marinette Wren

DEC

 

Decathlon : à fond le Smic et à fond les profits

Avec plus de 1 000 grévistes selon la direction, et 3 000 selon la CFDT qui a recensé les débrayages partiels, les salariés de Decathlon étaient en grève partout en France samedi 6 juin, et se sont fait entendre devant de nombreux magasins, dont plusieurs ont dû fermer faute de personnel suffisant.

« Sportifs sous-payés, c’est notre métier »

En cause, l’annonce par la direction le 27 mai dernier qu’elle ne comptait pas répercuter la hausse du Smic de 2,41 % prévue au 1er juin autrement que sur les salaires concernés par le nouveau seuil légal. La nouvelle a immédiatement fait réagir l’ensemble des équipes et fait ressortir tous mécontentements accumulés. Le « package de rémunération » mis en avant par les petits chefs pour justifier des salaires au ras du minimum légal, avec des primes, variables par définition, dont les objectifs économiques sont de plus en plus difficiles à atteindre et qui mettent en concurrence les équipes. Et surtout une course à la productivité qui se traduit par une augmentation de la charge de travail en magasin : en deux ans, ce sont près de 2 000 postes qui ont disparu au gré des non remplacements.

« Actionnaires milliardaires, salariés en colère, augmentez les salaires, pas les actionnaires ! »

Dans son mail, la direction annonçait ne pas augmenter l’ensemble des salaires afin de « préserver l’équilibre économique » et « ses capacités d’investissement ». À d’autres ! Il y a deux mois, la même direction nous demandait de tous nous applaudir bien fort pour les résultats exceptionnels réalisés : 16,8 milliards de chiffre d’affaires, et surtout 910 millions de bénéfice net, en hausse de 16 %. Au sein de la galaxie de la richissime famille Mulliez (empire commercial dont le poids est estimé à 10 % du commerce en France), l’enseigne est aujourd’hui l’une des plus profitables. Au point qu’il y a un an et demi, les actionnaires de l’AFM s’étaient versé une petite rallonge d’un milliard d’euros de dividendes en extra.

« 3 % c’est pas pour m’acheter un yacht, c’est juste pour sortir la tête de l’eau »

De l’argent il y en a dans les coffres des Mulliez qui débordent, pour nous permettre de respirer un peu, alors que nos salaires de misère ne nous permettent pas de vivre correctement et sont sans cesse grignotés par l’inflation !

Après la réussite de la journée de samedi, ce sont les entrepôts, soumis aux mêmes bas salaires et à la même dégradation des conditions de travail, qui se mettront en grève.

Correspondante

JLM

 

Mélenchon : la « nouvelle France » devra attendre encore un an son « sauveur suprême »

Dimanche 7 juin La France insoumise (LFI) a tenu son premier meeting de campagne à Saint-Denis, préfecture du département le plus pauvre du pays, où le candidat LFI Bally Bagayoko a été élu au premier tour. Des milliers de participants de tout le pays ont afflué dans ce lieu emblématique de cette diversité des classes populaires que Mélenchon a détournée en la baptisant « nouvelle France », pour écouter Annie Ernaux, prix Nobel de littérature, Éric Vuillard, prix Goncourt, puis Mélenchon.

Le contraste était saisissant entre ce meeting populaire et les tribunes VIP du Grand prix de Formule 1 de Monaco où Bardella avait accompagné la duchesse des Deux-Siciles. Ce n’est pourtant pas l’appartenance au monde du travail qui était revendiquée par LFI mais la référence nationaliste incessante à « la France ». Lors de mobilisations antiracistes, de nombreux jeunes issus de l’immigration ont tenu à proclamer : « La France, c’est nous ! », ironie vis-à-vis des franchouillards. Ironie qui a disparu dans la formule de Mélenchon.

Les organisateurs avaient veillé à ce que, à chaque évocation de la « nouvelle France », des centaines de drapeaux tricolores soient agités dans l’assistance. Un drapeau dont ces mêmes responsables savent très bien qu’il est celui de la France des militaires, de la France colonialiste, celle des puissants et des réacs.
« La France », c’est aussi bien Macron ou Bolloré que le boulanger ou le collègue de travail. C’est un fourre-tout qui ignore délibérément l’abîme qu’il y a entre un ouvrier de Stellantis et la famille Peugeot. Et qui ignore la fraternité qui doit exister entre le même ouvrier de Stellantis Mulhouse et un ouvrier de Stellantis Rüsselsheim, en Allemagne.

Mélenchon n’a pas appelé son mouvement « Travailleurs insoumis », et ce n’est évidemment pas un hasard. Dans ce meeting, rien sur le pouvoir d’achat écrasé par la hausse des prix. Rien sur les moyens de combattre les conséquences de la crise qui s’annonce. Rien sur le fait que beaucoup de familles populaires ne peuvent pas se permettre d’attendre des lendemains qui chantent en pariant sur une élection dans un an. Mélenchon veut bien les suffrages des travailleurs, mais ne s’adresse pas à eux en tant que tels. Quand il va dans une usine, comme à l’usine Dassault de Cergy en janvier dernier, c’est pour faire l’éloge des produits du marchand de mort.

Alors, dans cette campagne présidentielle, il faudra que d’autres proposent à la classe ouvrière, aux travailleurs en général, un programme de lutte contre le capitalisme et ses conséquences, qui n’attende pas sagement le verdict des urnes mais entre immédiatement en action. C’est le sens de la candidature ouvrière et révolutionnaire de notre camarade Selma Labib, en binôme avec Gaël Quirante.

Jean-Jacques Franquier

lundi 8 juin 2026

PRO

 

Protection des enfants : ce n’est pas la priorité du gouvernement

Capture d’écran France 24

Suite au terrible meurtre de Lyhanna, 11 ans, des marches et rassemblements ont lieu pour soutenir sa famille et ses proches, et rappeler la réalité des violences contre les enfants.

160 000 enfants sont victimes de violences sexuelles tous les ans. Huit victimes sur dix sont des filles, et la quasi-totalité des agresseurs sont des hommes : ces actes sont une manifestation de la violence du patriarcat.

La récupération sordide et coupable de la droite et de l’extrême droite

Loin d’apporter une réponse systémique, la droite et l’extrême droite répondent comme toujours avec leur discours sur le prétendu « laxisme » de la justice.

Ces politiciens portent pourtant une part de responsabilité, quand ils soutiennent toutes les coupes budgétaires dans les services sociaux, là où précisément les victimes peuvent être écoutées et accompagnées. Ils ne jurent que par l’école privée, où on ne compte plus le nombre d’affaires de pédocriminalité. Et ils s’opposent fermement à la tenue des séances d’éducation à la vie affective dans les écoles, et d’éducation à la sexualité chez les adolescents… qui permettent justement d’apprendre aux enfants à dénoncer des comportements problématiques.

Le gouvernement et la police ont manifestement mieux à faire

Le ministre Darmanin – lui-même accusé de viols – a présenté ses excuses au nom du gouvernement pour les manquements qui ont mené à la mort de Lyhanna.

Les procureurs lui ont répondu en rappelant l’avoir alerté depuis longtemps sur les délais de traitement des plaintes, car leur ministre leur demande de traiter en priorité les affaires de narcotrafic. La police et la justice sont bien plus rapides quand il s’agit de juger en comparution immédiate des jeunes de quartiers populaires pour des petits larcins… ou de convoquer des syndicalistes et des militants qui ont critiqué trop fort le pouvoir !

Des mesures choc sont prises lorsque des affaires éclatent, mais elles sont aussi inefficaces que spectaculaires. Après le scandale des violences dans le périscolaire à Paris, la mairie a suspendu 78 animateurs et animatrices… dont 43 pour des motifs qui n’ont pas de rapport. Elle ne répond pas aux problèmes réels : les sous-effectifs dans les écoles, où un adulte peut se retrouver à encadrer seul un groupe d’enfants, alors qu’il en faudrait toujours au moins deux, le recrutement de vacataires (10 000 sur les 15 000 animateurs de la ville) sans formation…

Une question d’ampleur et de fond

Les responsables politiques de gauche disent aussi, à leur manière, que la justice n’a pas assez de moyens. Mais c’est d’abord la prévention qui est sous dotée : la répression, elle, n’empêche pas les violences de se produire…

Beaucoup des préconisations rendues en 2023 par la Commission indépendante sur les violences faites aux enfants (Ciivise) pour mieux détecter les cas et accompagner les victimes, ont été rangées dans un tiroir… Après des décennies de suppressions de postes et de baisse des moyens dans les services publics, les écoles et établissements scolaires sont en pénurie de psychologues et d’infirmières, qui pourraient recueillir la parole des enfants et donner l’alerte ; les services sociaux et les centres d’hébergement sont noyés sous les demandes et ne peuvent accueillir des victimes qu’il faudrait éloigner d’urgence de leur agresseur ; la psychiatrie est trop exsangue pour accompagner les victimes.

Cette société est incapable de prévenir l’ensemble des violences faites aux enfants : en 2025, au moins vingt-six mineurs sans domicile fixe sont morts dans la rue, dont quatorze de moins de 4 ans, et au moins cinq adolescents en stage ou en apprentissage ont été tués dans des accidents du travail, puis déjà quatre en 2026.

La raison d’être de l’État, des gouvernements capitalistes, de la police et de la justice, c’est la défense de l’ordre social et de la propriété des plus riches. Jamais la protection des plus vulnérables ne sera leur priorité.