mercredi 12 juillet 2023

blast

 

sur le site internet BLAST


Bretagne : après Callac, l'ultradroite s'enracine

Longtemps terre de mission pour l'extrême droite, la Bretagne, région historiquement démocrate chrétienne parsemée de quelques fiefs rouges, est longtemps restée perméable aux sirènes xénophobes et racistes. Mais depuis le début de l'année, des groupes de nervis multiplient violences, provocations et intimidations.

Festival antifa attaqué à St-Brieuc le 1er juillet, agression à Rennes de colleurs d'affiches LFI le 5 juin et d'étudiants le 19 mars, tabassage d'un passant à Brest le 24 mars, sans parler de tags nazis dessinés à deux reprises sur les locaux de la CGT à Guingamp, la liste est longue. La situation est particulièrement tendue à Lorient, où une milice anti casseurs est sortie le 30 juin pour réprimer des émeutiers et les remettre à la police, après qu'en mars, des manifestants contre la réforme des retraites aient été menacés d'une arme à feu. Cette ultradroite décomplexée se manifeste surtout depuis l'affaire de Callac, cette petite ville où à force de harcèlement elle a fait reculer la municipalité qui a renoncé à son projet de demandeurs d'asile.

Revendication de l'attaque du festival antifa par le groupe rennais Korrigans squad
DR

En vingt ans de militantisme contre l'extrême droite, Sacha n'a jamais vu ça : « Il y a bien déjà eu des incidents, mais rien de comparable, là, ils étaient hyper organisés, une bonne vingtaine, accompagnés de guetteurs, un véritable commando et une opération minutieusement préparée ». Ce 1er juillet, à St-Brieuc, des militants organisent un festival « pour une Bretagne ouverte et solidaire » avec concerts, conférences-débats, buvette, et restaurant. « C'était très familial et paisible, insiste Sacha, il y avait des familles et les enfants jouaient tranquillement sur une aire de jeux. Un fumigène est même tombé au milieu d'eux, créant un début de panique ». La fête battait son plein et les concerts allaient démarrer, lorsque vers 19h30, déboule la vingtaine de gros bras, masqués, armés de matraques télescopiques, et équipés de protège-dents. Ils fondent sur la foule, balancent et distribuent les coups. Les participants au festival les mettent en fuite rapidement, mais il y aura trois blessés légers.

Le Korrigans squad était déjà présent aux manifestations de St-Brevin
DR

Avant qu'ils ne se masquent, certains agresseurs ont été repérés et photographiés par des militants antifas qui faisaient le guet en ville, la rumeur d'une attaque ayant couru les jours précédents. Au moins l'un d'entre eux a été reconnu : il est connu sous le pseudonyme de Blanche Neige et, selon les antifas, il a participé aux manifestations de St-Brévin (Loire atlantique) contre le projet municipal d'accueil de migrants. C'est dans cette localité que le maire, Yannick Morez, a démissionné le 10 mai, après que son domicile ait fait l'objet d'un incendie volontaire. Blanche Neige appartiendrait à un groupe de hooligans néo nazis de Rennes, la Korrigans squad, qui a récemment participé à une « journée de cohésion » à Besançon, avec le violent groupuscule parisien Division Martel, lié aux nervis « les Zouaves », dissous en janvier 2022 après l'agressions de membres de SOS racisme lors du meeting d'Eric Zemmour le 5 décembre 2021 à Villepinte. L'action a été revendiquée sur Telegram par Korrigans squad.

"Blanche Neige", le meneur de l'attaque du festival antifa à St-Brieuc.
DR

La Bretagne était pourtant jusqu'à récemment la région qui résistait le plus à la propagation des idées xénophobes et racistes. Breton lui-même, Jean-Marie Le Pen en parlait comme d'une « terre de mission ». Aux régionales de 2010, juste avant l'arrivée de Marine Le Pen à la tête du parti, le FN n'y récoltait que 6,18 % des voix. En 2015, les lepénistes enregistrent un record, frôlant les 19 %. En 2021, ils reculent à 14 %, contre 19 % au niveau national. Mais si ces résultats électoraux sont encore modestes, l'extrême droite compte localement des personnalités particulièrement gratinées. Comme Edwige Vinceleux, candidate Reconquête aux législatives à Guingamp (2,73 %) …

Callac, la mère des batailles

Au commencement était Callac. Cette petite commune paisible de 2200 habitants a été le théâtre d'une violente campagne de pressions de l'extrême droite contre l'installation d'un centre d'accueil de demandeurs d'asile (CADA), notamment menée par deux figures locales de Reconquête, le parti de Zemmour, Bernard Germain candidat aux dernières législatives dans la circonscription de Paimpol (3,28 % des voix) et Catherine Blein, une ex candidate du RN virée du parti en 2018, après qu'elle se soit réjouie de l'attentat contre la mosquée de Christchurch le 15 mars 2019. Après de multiples manifestations d'extrémistes pour la plupart extérieurs à la commune, et des menaces à l'encontre d'élus, le maire Jean-Yves Rolland annonce l'abandon du projet. L'extrême droite crie victoire.

« Depuis Callac, c'est clair que l'extrême droite s'est complètement décomplexée », juge Bertrand, syndicaliste SUD Éducation à Lorient. Qu'on en juge : le 19 mars, à Rennes, pourtant fief de gauche et d'extrême gauche, des étudiants décollent des affiches nationalistes signées d'un nouveau groupe, l'Oriflamme : « il était environ 23 heures, j'étais avec deux potes pas spécialement politisés mais qui n'aiment pas les fachos, et un groupe de 6 ou 7 mecs cagoulés nous sont tombés dessus et nous ont roués de coups », raconte Kevin étudiant. L'oriflamme est un groupuscule issu de l'Action française qui s'est radicalisé et autonomisé, apparu fin 2022. Son chef, Paul Carton, étudiant à Sciences po, a récemment été interpellé pour avoir perturbé une lecture de contes par des drag queens à des enfants, à St-Senoux, un village de 1800 habitants en Ille-et-Vilaine.

A Lorient, une milice anti casseurs

A Brest, le 24 mars, des militants d'extrême droite qui avaient perturbé un meeting de LFI ont agressé un passant qui leur reprochait leur attitude agressive. Confronté à des photos de militants locaux de l'Action française, l'homme nous affirme en avoir formellement reconnu deux. A Lannion, le 28, des individus cagoulés ont tenté de débloqué de force l'IUT de la ville, engagé dans le mouvement social sur les retraites. Mais c'est à Lorient que les événements les plus sérieux ont eu lieu. Le 28 mars, Bertrand boit tranquillement un verre avec d'autres syndicalistes après une manifestation contre la réforme des retraites, lorsqu'ils sont attaqués par trois personnes cagoulées, dont l'une brandira même une arme à feu !

Le 1er juillet, alors que des émeutes se déroulent en ville suite à la mort de Nahel à Nanterre, une milice « anti-casseurs », majoritairement cagoulée, vient prêter main forte à la police, allant jusqu'à frapper au moins un manifestant et en en remettant d'autres aux mains de la police. Des figures locales de Reconquête ont été vues près des « anti casseurs », et se sont du reste félicités de leur action. Suite à une rumeur désignant des militaires des fusiliers marins comme membre de cette milice, l'armée a ouvert une enquête. 

Des indépendantistes bretons : « Renvoyer les migrants en France »

En Bretagne sud, la situation semble plus calme, mais un nouveau groupe d'extrême droite, régionaliste breton celui-là, fait parler de lui depuis quelque temps : An Tour Tann (le Phare). Très présent sur les réseaux sociaux, il fustige les migrants et ses militants ont également participé aux manifestations de Callac et ST-Brevin. Fait étonnant, ce groupe qui prône l'autonomie, si ce n'est l'indépendance, de la Bretagne, n'hésite pas à nouer des alliances contre nature avec l'extrême droite française la plus jacobine. Ainsi, selon nos informations, son local à Vannes a également fait office de QG de campagne pour Reconquête aux dernières législatives. « il y a une résurgence de l'extrême droite indépendantiste bretonne qui, contre les migrants et les gauchistes, est prête à faire cause commune avec l'extrême droite française », remarque un antifa local. Ainsi, des activistes ont récemment relancé le Parti national breton (PNB), ces indépendantistes qui s'étaient engagés avec zèle dans la collaboration avec les nazis. Un site internet, l'Heure bretonne, a également repris le nom du journal du parti collaborationniste. Le PNB multiplie les affiches et les appels sur internet à « renvoyer les migrants en France », cet état colonial. Cela n'empêche pas les identitaires bretons de manifester à Callac avec les zemmouriens. Selon des militants antifas, des activistes d'An Tour Tann et du PNB ont participé à l'attaque du festival de St-Brieuc.

Encore embryonnaire, l'extrême droite identitaire bretonne a néanmoins montré par le passé sa capacité à séduire des jeunes en dehors des cercles traditionnels d'extrême droite, par le biais culturel notamment. Ainsi, en juin 2018, un festival de musique traditionnelle bretonne, les Hortensias, avait dû être annulé, après que les antifas du collectif de vigilance antifasciste 22 (CVA 22) eurent révélé le noyautage de l'organisation par des groupes d'extrême droite. La résurgence de cette extrême droite bretonnante et son alliance de circonstance avec les néo fascistes a de quoi inquiéter.

Crédits photo/illustration en haut de page :
Morgane Sabouret

lundi 10 juillet 2023

edito

 

Leur ordre social, nous n’en voulons pas

29 juin 2023, Nanterre

Leur police qui tue et qui mutile…

Tous les politiciens, du RN au PS et PCF, en passant par LR et la majorité serrent les rangs autour de la police. « L’ordre républicain doit être restauré ! » a déclaré Gérard Larcher. « Je me sens aussi solidaire et en soutien des forces de l’ordre, des polices municipales, nationales, de la gendarmerie » a-t-il ajouté.

Les familles de victimes des violences policières apprécieront ! Après la mort de Nahel le 27 juin dernier, la liste s’est encore allongée. À Marseille, Mohamed B. tué par un tir de flash-ball alors qu’il roulait à scooter. À Mont-Saint Martin, en Meurthe-et-Moselle, Aimène Bahouh, dans le coma depuis le 29 juin, touché par un tir de « bean bag », un sachet rempli de billes de plomb, alors qu’il roulait en voiture.

Et cela sans parler d’Alhoussein Camara, jeune livreur guinéen de 19 ans, tué d’une balle en pleine poitrine par un policier, alors qu’il se rendait à son travail. Il aura fallu attendre la mort de Nahel, deux semaines plus tard, et la révolte qu’elle a entraînée, pour que le policier qui l’a tué soit mis en examen.

Leur justice anti-pauvres

La justice est plus pressée pour certains ! Depuis le début des émeutes, une justice expéditive et punitive vise à terroriser tous ceux qui voudraient se révolter. Plus de 1 300 interpellations ont eu lieu. Les interpellés sont très jeunes, la majorité entre 13 et 18 ans, et subissent des peines très lourdes pour des délits mineurs. Six mois, dix mois, un an de prison ferme, voire plus, pour des jeunes majoritairement sans casier.

Borne déclarait que les émeutiers devraient « manifester pacifiquement ». Mais lorsque des organisations politiques, des syndicats et des associations organisent des manifestations, les autorités les interdisent aussitôt. Samedi dernier, la marche en mémoire d’Adama Traoré, tué par les gendarmes en 2016, a été interdite, même si plusieurs milliers de personnes ont bravé l’interdiction. Derrière cette hypocrisie, il y a l’angoisse que la contestation se généralise,se renforce et se politise davantage.

Leur morale hypocrite

Pour cela il leur faut mystifier, diviser, effrayer. Dans les médias, c’est un festival de racisme et de déclarations réactionnaires. Ciotti et Zemmour ont appelé à « suspendre les allocations familiales » aux parents de jeunes condamnés pendant les émeutes. Philippe Brun, député socialiste, a appelé à créer « une école de parents ». Une proposition qui reprend la préoccupation d’Emmanuel Macron de « durcir l’Éducation nationale ».

Ces politiciens font la leçon, mais quand la plupart d’entre eux parlent « d’éducation », il faut voir leurs propres enfants : ceux de Zemmour, Dupond-Moretti, Morano et d’autres encore, inculpés pour des délits petits et grands, comme la conduite en état d’ivresse et délit de fuite… Mais ces gosses de riches ne sont que rarement condamnés.

Leur ordre capitaliste

L’éducation ? Depuis des années, les écoles dans les quartiers tombent en ruine. Les enseignants malades ne sont pas remplacés, faute de personnel. Pareil pour les agents d’entretien, en sous-effectif chronique. À la SNCF et à la RATP, les conditions de travail sont tellement dégradées que ces entreprises n’arrivent plus à recruter, d’où des suppressions de bus, de trams, de trains. Voilà ce qui dégrade quotidiennement la vie des travailleurs et travailleuses qui vivent dans les quartiers populaires !

Ils veulent le retour à « l’ordre » mais qu’est-ce que leur ordre, si ce n’est le permis de tuer pour leurs flics, la destruction des services publics, l’inflation et plus largement les inégalités, l’exploitation des travailleurs, l’oppression ? Leur ordre social, c’est de se tuer au boulot pour enrichir leurs actionnaires.

Non, nous ne voulons pas d’un retour à « l’ordre ». Nous voulons lutter contre, avec la même détermination que tous les jeunes qui se sont révoltés ces dernières semaines. Cet ordre ne sera remis en cause que lorsque les travailleurs offriront une perspective à tous les exploités, dans le cadre d’une lutte consciente contre la société capitaliste.

Éditorial du NPA du 10 juillet 2023

 

dimanche 9 juillet 2023

nahel


 

À deux pas du tribunal de Guingamp, ils veulent « la justice pour Nahel »



Ce samedi 8 juillet, à Guingamp, près de 70 personnes se sont rassemblées sur la place de la République, à deux pas du tribunal, pour réclamer « la justice pour Nahel ».

Près de 70 personnes se sont rassemblées sur la place de la République pour demander « la justice pour Nahel », à l’appel de l’intersyndicale de Guingamp.
Près de 70 personnes se sont rassemblées sur la place de la République pour demander « la justice pour Nahel », à l’appel de l’intersyndicale de Guingamp. (Le Télégramme/Emmanuel Nen)
Suite au décès du jeune Nahel, à Nanterre, tué par le tir d’un policier le 27 juin, et aux émeutes qui ont suivi, l’intersyndicale de Guingamp a organisé un rassemblement ce samedi 8 juillet, à 11 h, sur la place de la République. Un lieu symbolique car situé « à deux pas du tribunal, et nous on réclame la justice pour Nahel », fait savoir Thierry Perennes, de l’union locale de la CGT de Guingamp. Et de constater que « la révolte des banlieues en 2005 n’avait pas touché le pays comme aujourd’hui. Cela témoigne d’une désespérance et d’un mal profond ».

Le comité qui avait relayé l'appel intersyndical était présent.

                                                         

galia

 

« Face à ces hordes sauvages, demander le calme ne suffit plus, il faut l’imposer ! […] L’heure n’est pas à l’action syndicale mais au combat contre ces « nuisibles » […] Une fois [l’Etat de droit] rétabli, nous savons que nous revivrons cette chienlit que nous subissons depuis des décennies ». Dans leur communiqué fascisant du 30 juin, trois jours après le meurtre de Nahel, les syndicats majoritaires de la police, UNSA-police et Alliance, crachaient leur haine contre les jeunes qui se révoltaient. En utilisant le mot « chienlit » employé par De Gaulle contre la grève générale démarrée par les étudiants en Mai 1968, ils ont clairement montré que pour les tenants de l’ordre, du pouvoir, la révolte des jeunes des banlieues ouvrières et des quartiers populaires est partie intégrante du soulèvement du monde du travail et de la population contre la politique des classes possédantes.

Fragilisé par le mouvement de masse de ces six derniers mois contre la réforme des retraites et l’hostilité profonde à sa politique que ce dernier a révélée, ridiculisé par la comédie hypocrite d’un « apaisement » fracassé par la révolte des jeunes, Macron espère reprendre la main en mettant en scène une répression inédite. Darmanin a ordonné un déploiement sans précédent de la police, du Raid, des BRI et des BAC, 45 000 hommes surarmés, hélicoptères survolant les cités, véhicules blindés dans les rues, charges policières jusque sur les Champs-Elysées à Paris tandis que Dupond-Moretti fait donner les tribunaux et tomber les condamnations, la plupart à de la prison ferme.

Ils n’ont pas pu pour autant faire taire la contestation malgré un sentiment ambiant de lassitude après l’échec du mouvement contre la réforme. La marche pour Adama ce samedi 8 juillet qui devait se tenir à l’origine à Beaumont ayant été interdite par le préfet de l’Oise, le comité justice et vérité pour Adama appelait à 14 h à un rassemblement place de la République à Paris, et malgré une nouvelle interdiction et la pression policière, il a rassemblé plusieurs milliers de manifestant·e·s. Y participait aussi le réseau à l’origine de l’appel « Notre pays est en deuil et en colère » autour duquel se sont organisés des rassemblements ou des manifestations dans une cinquantaine de villes dont Angoulême où a été tué, le 14 juin dernier par la police au cours d’un contrôle routier, un autre jeune, Alhouissen, 19 ans, d’origine guinéenne. A la fin de la manifestation à Paris, le frère d’Adama et d’Assa Traoré a été interpellé par la BRAVM d’une manière particulièrement violente et des journalistes témoins ont été molestés. Une agression lâche, une provocation délibérée du pouvoir. Et aujourd’hui, Assa Traoré est poursuivie pour organisation de manifestation interdite.

Dans le climat ultra réactionnaire qui s’installe dans le pays, le mouvement ouvrier, les forces de la contestation sont, au-delà d’une solidarité élémentaire avec la révolte des jeunes face aux violences de l’État, confrontés à la question décisive d’apporter une réponse et des perspectives qui permettent au monde du travail et à la jeunesse, au mouvement des femmes, de se défendre contre la police et l’Etat et de préparer la contre-offensive.

Machine judiciaire mise au pas par le pouvoir, justice expéditive

Depuis l’assassinat de Nahel et des émeutes qui s’en sont suivies, 3693 jeunes ont été placés en garde à vue dont 1149, soit 31 %, sont mineurs, 1122 personnes ont été déférées devant la justice. Parmi elles, 585 ont été jugées en comparution immédiate et 448 ont été incarcérées, soit condamnées à de la prison ferme avec mandat de dépôt -incarcérées immédiatement après l’audience-, soit placées en détention provisoire dans l’attente de leur procès.

Journalistes, avocat·e·s, observateur·e·s des droits ont protesté contre la lourdeur des peines, plusieurs mois de prison ferme, au terme de simulacres de procès durant 15 minutes, sans preuves bien établies souvent, pour participation à des « pillages ». Ils relèvent aussi le racisme manifeste de policiers qui ont tabassé les prévenus non blancs comme de certain·e·s procureur·e·s et juges aux propos xénophobes.

Les ordres viennent de haut. Dupond-Moretti, le ministre de la justice, le même qui soupçonné d’avoir fait pression sur plusieurs magistrats anti-corruption a fait l’objet d’une mise en examen il y a quelques mois, a demandé dans une circulaire dès le 30 juin « une réponse judiciaire rapide, ferme et systématique » et préconisé « l’adaptation du fonctionnement des juridictions ». « Dès le lendemain, dans plusieurs tribunaux de la région parisienne, explique l’avocat Raphaël Kempf dans Libération le 7 juillet, on a créé des chambres spéciales pour juger des centaines de jeunes. Ce n’est ni plus ni moins qu’une justice d’exception qui a été créée sur l’ordre du gouvernement, et que les magistrats du siège -pourtant indépendants- n’ont pas souhaité remettre en cause ».

Le pouvoir a ainsi organisé la mise en scène d’une répression massive et impitoyable des jeunes qui se sont révoltés, y ajoutant un discours moralisateur à l’égard des parents visant à criminaliser aux yeux de l’opinion bien-pensante des pans entiers de la population ouvrière. Le même Dupond-Moretti dont le fils, soupçonné de violences conjugales, a été placé sous contrôle judiciaire, déclarait ainsi : « le Code pénal punit de deux ans d’emprisonnement et de 30 000 euros d’amende chaque fois que les parents, par leur désinvolture coupable, mettent en péril l’éducation, la moralité et la sécurité de leurs enfants. Ceux-là méritent d’être punis ».

Le déferlement de la réaction contre la révolte des jeunes vise l’ensemble des classes populaires

Dans les médias des Bolloré and Co, politiciens et commentateurs de droite et d’extrême droite, encouragés par le premier rôle donné par Macron et Darmanin aux forces de police et à leur violence, déversent jusqu’à l’écœurement leurs propos pleins de haine de classe et d’arrogance. A l’exemple, dimanche dernier, du président du groupe LR à l’Assemblée, Ciotti, invité du Grand Rendez-vous Europe 1 - CNews - Les Echos. « Il doit y avoir une réponse pénale implacable, d’une fermeté absolue. Il faut des incarcérations quasi systématiques, des comparutions immédiates, que ces barbares soient mis hors d’état de nuire » a-t-il déclaré.

Les jeunes qui ont osé se révolter sont au banc des accusés, condamnés sans même l’ombre de circonstances atténuantes alors qu’ils sont les premières victimes des politiques de régression sociale menées depuis des années par Macron et ses prédécesseurs, qui ont conduit à l’aggravation de la précarité et de la misère, à la dévastation des services publics de la santé, de l’éducation, du logement social, à l’omniprésence d’une police gangrenée par le racisme et l’extrême droite. La campagne des Ciotti and Co vise l’ensemble des classes populaires en accusant celles-ci d’être responsables de leur propre sort, de leur pauvreté, de l’aggravation insupportable de leurs conditions d’existence alors qu’elles sont les victimes de politiques qui ont comme seul objectif de favoriser l’enrichissement des plus riches en prenant dans les poches des travailleurs et de la population. Selon le magazine Challenges, publié le 5 juillet dernier, les 500 plus grandes fortunes françaises totalisent 1170 milliards d’euros cette année, 45 % du PIB, contre 10 % en 2009.

Macron se rêve en Bonaparte, chef du parti de la racaille réactionnaire

Tout en ne cédant pas à la pression de ses rivaux de droite et d’extrême droite qui n’ont cessé de réclamer l’état d’urgence, sans le décréter officiellement, Macron l’a cependant mis en place dans les faits, par un déploiement inédit de la police et de la gendarmerie, la mise au pas des tribunaux, les consignes données aux préfets d’ordonner le couvre-feu dans les banlieues pour les mineurs, l’arrêt des transports de surface à partir de 21 h. Il veut montrer qu’il est capable de rétablir l’ordre, d’agir en chef d’un Etat fort à qui les classes possédantes peuvent faire confiance.

Macronistes, LR et RN, quelles que soient les nuances des uns ou des autres, dans leurs propos, leur propagande officielle et leur démagogie xénophobe, se retrouvent unis pour protéger les intérêts des classes possédantes contre les révoltes populaires, constituant dans les faits un parti de l’ordre pour garantir le maintien des profits du CAC40 et les grandes fortunes, le seul problème qui alimente les dissensions entre eux étant de savoir qui en prendra la tête pour arriver demain au pouvoir.

Pour l’heure, alors que la situation économique internationale est de plus en plus instable et que la guerre en Ukraine s’enlise dans une escalade militaire orchestrée par l’Otan, Macron cherche à s’imposer comme chef et arbitre des clans du parti de l’ordre pour retrouver une base afin de poursuivre sa politique au service du patronat, sa guerre contre le monde du travail. Cette mise en scène politicienne ne suffira probablement pas à lui assurer une stabilité parlementaire d’autant que les surenchères réactionnaires seront bien impuissantes à étouffer la colère.

Contre le front de la réaction, un front du monde du travail, de la jeunesse, des femmes

A écouter les médias aux ordres, leurs sondages, une très forte majorité de la population serait hostile aux jeunes qui se sont révoltés. Cette manipulation repose largement sur l’identification de la révolte aux destructions d’installations utiles à la population ou aux pillages qui indignent ou sont incompris sans pour autant effacer la colère suscitée par le meurtre de Nahel ou la conscience d’une situation sociale de plus en plus dégradée. Même parmi les 220 maires invités à l’Elysée par Macron, s’est exprimée le manque de moyens mis à leur disposition par l’État, du délabrement des services publics, du logement social, de la détresse des habitants des communes populaires. Le bruit assourdissant de la propagande officielle et des grenades ne peut masquer les racines de la colère et de la révolte, l’exploitation, la misère, les inégalités sociales criantes et grandissantes, les humiliations quotidiennes infligées par la police, contrôles au faciès, fouilles au corps, verbalisations et condamnations pour des motifs dérisoires inscrites à leur casier judiciaire.

Les jeunes des quartiers populaires ne trouvent comme moyens d’exprimer leur révolte que la violence aveugle et les destructions, une impasse, parce qu’ils sont laissés sans perspectives par l’ensemble du mouvement ouvrier, syndicats et partis politiques, qui ont déserté les quartiers populaires, abandonné la perspective d’une lutte globale pour changer le rapport de forces entre le monde du travail et le patronat et l’État, préoccupés seulement par leur participation aux institutions, aux jeux bien huilés de la démocratie bourgeoise et au prétendu dialogue social à l’échelle nationale comme au sein des entreprises.

Face à la violence de l’État, de sa police, nous sommes entièrement solidaires de ces jeunes. Leur révolte fait partie intégrante de la révolte des travailleurs, des jeunes, des femmes, qui s’est manifestée pendant le mouvement contre la réforme des retraites. Actrices et acteurs de ce mouvement, équipes militantes et collectifs de lutte, qui ont commencé à construire des rapports démocratiques et d’indépendance de classe depuis 2016 et la loi Travail, le mouvement des Gilets jaunes, les mouvements de 2019-20 et des six derniers mois contre les réformes s’attaquant aux retraites, nous avons la possibilité, ensemble et avec eux, de créer les relations et les conditions qui permettent d’ouvrir la perspective d’unifier nos forces et nos combats, dans une lutte globale contre Macron et la politique des classes dirigeantes.

Bien que solidaires de l’appel national « Notre pays est en deuil et en colère » et de l’exigence de l’abrogation de la loi de 2017 qui a donné un véritable permis de tuer à la police, nous pensons qu’il est erroné de se revendiquer de la nation et de demander au gouvernement et à l’État de réformer la police et d’agir pour les banlieues et la jeunesse des quartiers. La régression sociale, l’accentuation de la répression sont constitutives de leur politique, entièrement dédiée au maintien des profits des groupes capitalistes, qui exige une exploitation des travailleurs sans limites et, pour plier la population à celle-ci, le renforcement de la machine répressive de l’État « républicain » à laquelle peuvent se joindre, comme ils l’ont fait dans quelques villes, des troupes supplétives de l’extrême droite.

Une partie de la Nupes clarifie ses confusions en se rangeant aux côtés du parti de l’ordre face à la révolte des jeunes, comme le dirigeant du PC Roussel et celui du PS, Faure, qui ont tenu à se désolidariser de Mélenchon et de LFI et de leur refus de condamner les jeunes et qui n’ont pas participé aux manifestations de samedi.

La défense des intérêts du monde du travail, de la jeunesse passe par une rupture avec les illusions sur les possibilités de réformer la police, l’État, d’avoir un bon parlement, une bonne constitution, une bonne république.

En rupture avec ces vieilles illusions faillies qui voudraient composer avec la société d’exploitation, celles et ceux qui tirent les leçons de l’échec de la mobilisation pour les retraites, des violences policières et de la violence de l’État contre la jeunesse des quartiers, celles et ceux qui comprennent le danger de l’offensive réactionnaire en cours ont besoin de se coordonner, de se regrouper, de se constituer en parti pour avoir les moyens d’agir collectivement. La tâche des différents courants révolutionnaires est de travailler à ce rassemblement de classe indépendant des illusions parlementaires ou du dialogue social.

Un front de classe, des travailleurs, des jeunes, des femmes est indispensable pour apporter une issue progressiste, démocratique, socialiste à la régression capitaliste, pour que la population impose son contrôle démocratique sur l’ensemble de l’économie et sur l’État, organise sa propre sécurité, impose les mesures nécessaires à ses besoins, mette hors d’état de nuire le front réactionnaire, la violence sociale et policière des classes possédantes.

Galia Trépère

 

bonnets

 

On a une réputation à défendre


Guingamp, ville relais dans l'extension de la révolte

Auteur : Gauthier Aubert / décembre 2016

La petite ville de Guingamp, aux portes de la Basse-Bretagne, a joué un rôle important dans la diffusion de la révolte vers l’ouest de la Bretagne.

Fin mai 1675, comme ailleurs en Bretagne, la nouvelle arrive de Rennes que le roi ne cédera pas sur le front fiscal, et que partout où des troubles surviendront, l’armée sera envoyée. L’émotion est vive, mais la violence rebellionnaire retombe vite, et ne semble pas être aller très loin. La présence à Guingamp du marquis de La Coste, mandaté par le duc de Chaulnes pour veiller au bon déroulement du prélèvement des taxes en Basse-Bretagne, donne à l’affaire guingampaise un relief particulier. Le marquis entend en effet faire respecter l’autorité dont il est dépositaire et veut faire un exemple pour éviter la venue des troupes, afin de prouver le zèle des Bretons au service du roi. Les autorités locales, effrayées à l’idée d’avoir à subir la soldatesque, s’empressent alors d’agir et bientôt, deux femmes et un homme sont arrêtés. Marguerite Le Coat, femme vivant seule et bretonnante, sans doute donc la moins armée des trois prisonniers pour se défendre, est pendue.

L’exemplaire répression guingampaise est autant un message envoyé au roi que les Bretons sont dans l’obéissance malgré quelques soubresauts populaires, qu’un signal adressé aux populations de Basse-Bretagne qui espèrent encore échapper à l’impôt. Quelques jours plus tard, la nouvelle que La Coste arrive du côté de Châteaulin où quelques mouvements antifiscaux ont eu lieu, provoque une émotion à partir de Briec, où s’organise une première chasse aux « gabelleurs ». La révolte des Bonnets rouges a commencé.

CITER CET ARTICLE

Auteur : Gauthier Aubert, « Guingamp, ville relais dans l'extension de la révolte », Bécédia [en ligne], ISSN 2968-2576, mis en ligne le 1/12/2016.

algues

 Algues vertes : à la découverte du préjudice  écologique


Les algues vertes tuent le vivant.

Partout où les algues v e r t e s é c h o u e n t m a s s i v e m e n t , e l l es pourrissent en produisant des gaz toxiques dont l’hydrogène sulfuré. 

Le p r o d u i t d e  l e u r décomposition migre et persiste pendant des mois dans le sable et la vase. 

Le milieu est privé d ’ o x y g è n e . S e u l es prospèrent les bactéries sulfato-réductrices qui décomposent la matière organique. Il s’agit bien d’un effondrement massif de la biodiversité avec de graves conséquences pour les oiseaux.


Sauvegarde du Trégor Goëlo Penthièvre vous invite à une découverte de ce grave préjudice écologique de surcroit dans une réserve naturelle, celle de la baie de Saint-Brieuc


lundi 17 juillet à 14 h à la plage de La Grandville à Hillion.


Un éclaireur muni d’un masque et d’un détecteur d’hydrogène sulfuré

ouvrira la marche après repérage le jour même des zones à risques. 

Le chercheur à l’Ifremer retraité, vice-président de ERB, Jean-Yves Piriou

dressera la liste des espèces disparues dans ce milieu hostile pour

elles.


14 h : accueil à son bungalow par André Ollivro, président de Défense

des Victimes des Marées vertes et président d’honneur de HAMV.

14 h 30 : arpentage de la Plage de La Grandville et carottage du sable

15 h 30 : remontée par le sentier de randonnée de l’estuaire du

Gouessant. Arrêt à quelques étapes pour sonder la vase à la recherche

bien vaine d’espèces.

17 h : retour à la Plage de la Grandville et fin de la randonnée.


Randonnée déconseillée aux enfants et aux chiens. 

Participation aux

frais : 5 euros. Payables sur place


Inscriptions : lavarenn@yahoo.fr 06 12 74 34 56

mardi 4 juillet 2023

com

 COMMUNIQUE DU COMITE NATHALIE LE MEL DU NPA



Samedi 1er juillet le Comité de Vigilance Antifasciste des Côtes d'Armor CVA 22, organisait à St Brieuc  un festival pour une Bretagne ouverte et solidaire.
Au programme, débats, interventions autour de la montée de l'extrême droite, stands divers et partie musicale .
Plusieurs centaines de personnes ont répondu présent et la fête s'est déroulée dans une bonne ambiance, disons même plutôt familiale dans le parc des promenades.
Vers 19h30, un groupe d'une vingtaine de gros bras cagoulés, armés de matraques s'est jeté sur la fête cassant le plus de matériel possible et agressant les participants. 
Qui très vite se sont regroupés et les ont contraint à reculer.

La police, très certainement alertée par les "renseignements territoriaux" présents sur la fête  a fait usage de lacrymo et a arrêté deux des agresseurs qu'elle a mis en garde à vue.
Inutile d'enquêter car la bande de fachos tout fier de son exploit a publié une vidéo montrant l'attaque et signée par elle  sur le site " ouest casual" .
Le groupe se nomme KORRIGANS SQUAD en provenance de Rennes qu'ils écrivent même en breton,Roazhon, ironie sinistre pour les bretonnants que nous sommes à des degrés divers.

Le comité Nathalie Le Mél du NPA apporte tout son soutien aux camarades du CVA 22 que nous côtoyons dans toutes les luttes locales, 
dont le récent mouvement pour défendre les retraites mais aussi contre la répression et la défense des réfugiés.Nous étions d'ailleurs présents samedi à St Brieuc samedi.
Ceux qui continuent à penser que la droite fascisante est un parti ou un groupe comme les autres, et ceux qui LUI font des courbettes au sein des institutions bourgeoises
 sont soit des imbéciles soit des  criminels. 
La bête est toujours immonde et elle ne se cache plus.

Le comité du NPA Côtes d'Armor

dimanche 2 juillet 2023

samedi 1 juillet 2023

lannion

 COMMUNIQUÉ DU NPA COMITE NATHALIE LE MEL COTES D'ARMOR


SOUTIEN TOTAL A  YVES MARIE ET SYLVAIN.


Le comité du NPA apporte tout son soutien à Yves Marie Le Lay et Sylvain Ernault agressés par les "nervis" de la FDSEA - JA le jeudi 29 Juin à Lannion. 
A contre -courant des aspirations de la population locale excédée par les pollutions agricoles, les tenants du complexe agro industriel breton veulent désormais interdire la projection de film tel celui sur les "Algues Vertes"  tourné récemment en Bretagne. 

Dans le droit fil des agressions commises contre Morgan Large, les intimidations contre Ines Léraud mais aussi contre des syndicalistes locaux ou des journalistes, la FDSEA persévère.
Nul doute qu'elle sera encore protégée par le lobby agri agro breton, véritable détenteur du pouvoir d'Etat en Bretagne...

Vous trouverez ci après la description des faits sous la plume de notre ami Sylvain Ernault.

Le comité NLM du NPA 22





Lors de la projection des « Algues vertes », ce jeudi soir, au cinéma de Lannion (Côtes-d’Armor), des membres des Jeunes agriculteurs attendaient les lanceurs d’alerte à la sortie. Insultes, menaces, intimidations : c’est une avant-première sous pression qui s’est déroulée dans l’une des villes où le film de Pierre Jolivet et Inès Léraud a été tourné. Je vous raconte.

Il est 20 h 45 lorsque la séance des « Algues vertes » démarre, dans la salle n°1 des Baladins, à deux pas de la gare de Lannion. Laurent Lintanf et Laurence Perron viennent d’introduire cette séance très spéciale, coorganisée avec la LPO Bretagne, devant 279 spectateurs.

Les militants Nupes du Trégor présentent rapidement le plateau d’intervenants qui viendra répondre aux questions du public quand les lumières se rallumeront : Yves-Marie Le Lay, lanceur d’alerte sur les marées vertes, Pierre Philippe, l’urgentiste que les autorités ont ignoré lorsqu’il a averti sur le danger mortel de l’hydrogène sulfuré dès 1989, Serge Le Quéau, syndicaliste et membre du Cese, sans qui l’affaire des intoxiqués de Nutrea-Triskalia n’aurait sans doute jamais été révélée, Viviane Troadec et Ludovic Brossard de la LPO Bretagne, et Benoît Allain, éleveur laitier membre de la Confédération paysanne.

« On se retrouvera ! »

Les réservations sont closes depuis trois jours. « Aujourd’hui on a reçu cent appels », explique le guichetier à des retardataires qui devront attendre la sortie nationale, le 12 juillet. Au milieu des curieux et des familles venues voir Indiana Jones, se trouve un groupe de jeunes hommes qui n’est visiblement pas là pour l’amour du 7e art.

Il s’agit de membres des Jeunes agriculteurs, émanation de la FNSEA. Certains sont éleveurs de porcs ou de lapins près de Tréguier. Convaincus que le film dessert leurs intérêts. Le ton monte rapidement contre Yves-Marie Le Lay, l’inlassable pourfendeur de agro-industrie, connu comme le loup blanc. Il était suppléant de la candidate LFI-Nupes défaite au second tour des législatives, à Lannion, l’an dernier. Ce que l’un de ses contempteurs ne manquera pas de relever.

230630 - Projection sous tension Les Algues vertes Pierre Jolivet et Inès léraud livres à vendred Crédits Sylvain ErnaultLe livre d’Yves Marie Le Lay « Algues vertes, un scandale d’Etat » était à vendre à la sortie de l’avant-première organisée à Lannion. Crédits Sylvain Ernault

Il est convenu que je dîne avec les intervenants au Breizh Shelter, le restaurant qui fait face du cinéma. Puis que je tienne une table de presse dans le hall pour Splann  !, l’ONG d’enquêtes journalistique en Bretagne cofondée avec Inès Léraud en 2021 (soutenez-vous !).

Du hall, nous arrivons sur les marches, à la demande des responsables du cinéma qui sentent que la situation peut déraper. En effet, le plus bavard et probablement le plus costaud des huit gaillards ne cesse d’affirmer à Le Lay : « On se retrouvera ! » Quarante ans et une tête séparent les deux hommes.

Mon téléphone arraché des mains

J’interviens dans ce qui est devenu une esclandre publique pour mettre des mots sur la situation : une intimidation qui vise à faire taire. Je fais valoir ma qualité de journaliste. Lorsque j’annonce vouloir filmer la scène, le meneur de la bande saisit mon téléphone, m’intimant l’ordre d’effacer la vidéo. Ce dont je n’ai pas l’intention. J’arrache finalement mon appareil, le tirant de fort mauvaises mains, après trente secondes confuses qui auraient pu mal se finir.

Les deux groupes se séparent. Avec les organisateurs et intervenants, nous gagnons le restaurant. Les JA restent un moment sur le parvis des Baladins, avant de s’installer en terrasse. Il y a une vitre entre nous et des serveurs compréhensifs. Entre temps, la police nationale, appelée sur les lieux, est allée discuter avec l’équipe du cinéma et les agriculteurs. J’ai également parlé avec les fonctionnaires, qui me conseillent d’être « prudents ». L’une des agents est munie d’une « caméra piétonne ».

230629 - Projection Les Algues vertes Pierre Jolivet et Inès Léraud plateau d'invités Lannion Crédits Patricia PolyakLes organisateurs de la soirée ont réuni un plateau d’invités comprenant les lanceurs d’alerte Yves-Marie Le Lay et Pierre Philippe, qui apparaissent dans le film. Crédits Patricia Polyak

Il est convenu qu’une patrouille revienne à l’heure où il nous faudra regagner le cinéma. Une précaution pas tout à fait inutile, puisque si quelques amis ont été prévenus, pour pouvoir témoigner, Le Lay essuie de nouvelles insultes en traversant la terrasse.

Pendant ce temps, le mot a commencé à circuler. Tweet de soutien de Marine Tondelier, la secrétaire nationale d’EELV, textos et coups de fil aux copains. La députée LFI de Guingamp, Muriel Lepvraud, a même prévenu le préfet Rouvré. A Carhaix, Inès Léraud et Morgan Large expliquent les faits au public carhaisien. Mais dans la salle lannionnaise surchauffée et coupée du réseau mobile, où les applaudissements succèdent au générique de fin, les spectateurs ignorent encore qu’une scène supplémentaire de « l’histoire interdite » vient de se jouer.

C’est donc lors d’échanges avec les invités que la salle apprend stupéfaite que pour la première fois depuis le début des projections-débats des « Algues vertes », soit facilement plus de 50 séances, des membres de la profession agricole ont voulu régler leurs comptes avec certains des protagonistes.

D’ailleurs, la porte de sortie du cinéma est gardée par deux policiers. Autre grande première de la soirée.

Finalement, peut-être las de faire le pied de grue, les agitateurs ont quitté les abords de la salle vers 23 h. Côté public, certains ont eu beaucoup plus de mal à décrocher.

Il semble par ailleurs qu’une énigme ait été résolue ce soir.

230628 - Projection sous tension Les Algues vertes Pierre Jolivet et Inès léraud Yves-Marie Le Lay ciblé Crédits La DéviationLa veille de la projection, un utilitaire ciblant Yves-Marie Le Lay était garé rue Savidan, au moment du rassemblement contre la dissolution des Soulèvements de la Terre. Ce jeudi soir, il était garé devant le cinéma. Crédits La Déviation

L’utilitaire blanc photographié la veille rue Savidan par des participants au rassemblement contre la dissolution des Soulèvements de la Terre – fourgon portant une inscription au feutre visant nommément Yves-Marie Le Lay -, était garé ostensiblement près du cinéma, ce jeudi soir. Avec un écriteau jaune sur le toit portant la mention « convoi exceptionnel ». Dans la journée, Yves-Marie Le Lay m’avait confié : « Signature évidente de la FNSEA. »

Yves-Marie Le Lay compte porter plainte

Contacté ce vendredi midi, Yves-Marie Le Lay annonce son intention de porter plainte « au nom de tous les lanceurs d’alerte qui vivent dans la peur et n’osent pas témoigner publiquement ».

Pris à partie le premier dans le hall du cinéma, un éleveur lui a reproché de s’être introduit dans son élevage de lapins, avec L214. Si le président de Sauvegarde du Trégor-Goëlo-Penthièvre témoigne bien dans une vidéo de l’association antispéciste mise en ligne le 24 janvier 2021 (ci-dessous), il n’a pas participé au tournage réalisé dans l’exploitation et publié trois jours plus tôt.

Article mis à jour le 30 juin 2023 à 13 h 50 afin d’ajouter la mention du dépôt de plainte envisagé par Yves-Marie Le Lay.