Les cartes montrant comment la "ligne jaune" israélienne continue d’étouffer les Palestiniens à Gaza

Un an après la mise en place d’un "cessez-le-feu", Israël restreint l’accès à 65 % de Gaza et entasse 2,1 millions de personnes ce qu’il reste.
Photo : Israël déplace la ligne jaune plus profondément dans la ville de Gaza, 13 décembre 2025 © Motasem A Dalloul.
Israël a étendu son occupation militaire dans la bande de Gaza, en violation d’un "cessez-le-feu" négocié par les États-Unis, forçant les Palestiniens à se retrancher dans une partie de plus en plus restreinte du territoire assiégé, dévasté par la guerre génocidaire que mène actuellement Israël.
Près des deux tiers de Gaza sont désormais sous contrôle militaire israélien ou soumis à des restrictions d’accès.
La "ligne jaune" initiale, établie dans le cadre du plan en 20 points du président américain Donald Trump pour mettre fin à la guerre, délimitait la zone vers laquelle les forces israéliennes s’étaient initialement retirées. Elles devaient procéder à de nouveaux retraits progressifs, mais au lieu de cela, elles se sont emparées de nouveaux territoires.
Dimanche, les forces israéliennes ont déplacé des blocs de béton jaunes de plusieurs dizaines de mètres vers l’ouest à Shujayea, un quartier situé au sud-est de la ville de Gaza, forçant des familles palestiniennes à fuir et plaçant une partie supplémentaire du quartier sous contrôle militaire israélien.
« Il ne s’agit pas simplement de savoir où se trouve aujourd’hui la “ligne jaune”, mais où elle pourrait se déplacer ensuite » a déclaré Ibrahim al-Khalili, journaliste d’Al Jazeera, en direct de la ville de Gaza. « Pour les familles qui ont été déplacées à plusieurs reprises au cours des trois dernières années, la situation reste désastreuse, et elles doivent prendre la décision impossible de choisir où elles peuvent aller. »
Plus de 90 % des 2,1 millions d’habitants de Gaza ont été déplacés de force par la guerre lancée par Israël le 7 octobre 2023, à la suite des attaques menées par le Hamas contre le sud d’Israël.
À l’aide de cartes, Al Jazeera montre la partie de Gaza dont Israël s’est emparé depuis le "cessez-le-feu".
Gaza avant la guerre
Avant la guerre, les Palestiniens étaient répartis sur toute la bande de Gaza, un territoire de 365 km² mesurant environ 41 km de long et dont la largeur variait entre 6 km et 12 km.
Cela en faisait l’un des endroits les plus densément peuplés de la planète, avec environ 6 000 habitants au kilomètre carré, un chiffre comparable à celui de Nairobi ou de Londres. Chaque personne disposait, en moyenne, d’environ 160 m² de terrain.
Même à cette époque, toutes les terres de Gaza n’étaient pas accessibles. Israël imposait une zone tampon le long de la barrière séparant les deux territoires, et les Palestiniens qui s’en approchaient risquaient d’être abattus. En 2010, le Bureau de la coordination des affaires humanitaires des Nations unies (OCHA) estimait que la zone d’accès restreint couvrait 17 % du territoire de Gaza et 35 % de ses terres agricoles.
Gaza a été soumise par Israël à un blocus terrestre, aérien et maritime depuis 2007.
Gaza au "cessez-le-feu"
Dans le cadre de la première phase du "cessez-le-feu", les forces israéliennes devaient se retirer jusqu’à la "ligne jaune" dans les 24 heures, après quoi une période de 72 heures commençait pour la remise des otages israéliens détenus à Gaza. Trump a d’abord publié une carte de cette ligne sur sa plateforme Truth Social.
Cette ligne laissait à Israël le contrôle de 53 % de la bande de Gaza, principalement des terres agricoles et des zones frontalières à l’est, et confinait les Palestiniens aux 47 % restants, soit environ 172 km².
En octobre 2025, deux années de guerre avaient coûté la vie à plus de 67 000 Palestiniens, et des dizaines de milliers d’autres avaient quitté le territoire, réduisant la population de Gaza à environ 2,1 millions d’habitants.
Confinés sur moins de la moitié du territoire de Gaza en vertu du "cessez-le-feu", la densité de population a doublé pour atteindre environ 12 000 habitants au kilomètre carré, un chiffre comparable à celui de New York. Chaque personne disposait d’environ 82 m².
Gaza aujourd’hui
Depuis le "cessez-le-feu", les forces israéliennes ont déplacé à plusieurs reprises les blocs de béton jaunes marquant la "ligne jaune" plus à l’ouest, parfois du jour au lendemain, étendant ainsi les zones sous leur contrôle. Des images satellites ont également montré que les démolitions se poursuivaient dans les zones contrôlées par les forces israéliennes.
Le groupe de recherche Forensic Architecture a estimé qu’Israël contrôlait 58 % de Gaza en décembre. En mars, l’armée israélienne a transmis aux organisations humanitaires des cartes d’une nouvelle "ligne orange", une zone réglementée située au-delà de la "ligne jaune" où les déplacements humanitaires doivent être coordonnés avec l’armée.
Selon l’OCHA, les restrictions couvrent désormais 65 % de Gaza. Israël a lui-même déclaré contrôler environ 70 % du territoire, a indiqué un responsable de l’ONU au Conseil de sécurité en juin.
Il reste donc 2,1 millions de personnes réparties sur environ 35 % de la bande de Gaza, soit quelque 128 km². La densité de population a presque triplé depuis avant la guerre pour atteindre environ 16 000 habitants au kilomètre carré, un chiffre proche de celui du centre de Tokyo.
Chaque personne dispose désormais d’environ 61 m² (657 pieds carrés) de terrain pour tout : logement, routes, écoles, hôpitaux et terres agricoles.
Contrairement à Tokyo, Gaza ne dispose plus que de très peu d’espace pour accueillir sa population. Le Centre des Nations unies pour les données satellitaires (UNOSAT) a constaté que 82 % des structures de la bande de Gaza sont endommagées ou détruites. L’Organisation des Nations unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO) indique que seuls 3 % des terres cultivables de Gaza sont à la fois intactes et accessibles.
L’OCHA indique que les 35 % restants de Gaza sont "déjà surpeuplés" et que les restrictions d’accès constituent un obstacle majeur alors que les organisations humanitaires tentent de reloger les familles avant la saison des pluies. Selon l’ONU, plus de 950 000 personnes vivent dans des sites d’accueil exposés au risque d’inondation, la plupart d’entre elles dans des tentes et des abris de fortune.
S’approcher de la « ligne jaune » peut être mortel. Israël considère les zones situées au-delà comme une zone de tir libre, et des Palestiniens qui s’en sont approchés ont été abattus. Près de 1 500 personnes ont été tuées dans toute la bande de Gaza depuis l’annonce du "cessez-le-feu".
Traduction : AFPS