lundi 23 mars 2026

ST NAZER

 

Des sols pollués et la santé des habitants délaissée par les autorités à Saint-Nazaire

Dans la région de Saint-Nazaire, l’État, le patronat et la mairie organisent l’omerta autour des pollutions. Les analyses se multiplient depuis 2021 grâce à la persévérance des associations d’habitants, même si l’État et les entreprises polluantes restreignent ces recherches. Or, les résultats rendus publics ces derniers mois confirment l’existence de risques sanitaires majeurs. Au grand dam de l’État et du patronat qui mettent la pollution sous le tapis, et la santé des habitants et des travailleurs avec.

Le square pollué dans un quartier ouvrier de Saint-Nazaire, photo NPA-Révolutionnaires

L’omerta concerne notamment la pollution des sols dans le quartier ouvrier historique de Saint-Nazaire : Méan-Penhoët. Fondé autour des premiers chantiers navals et des forges de Trignac, le quartier rassemble depuis le XIXe siècle la population ouvrière de la cité portuaire. Une bonne partie de ses habitants travaillent aujourd’hui aux Chantiers de l’Atlantique, à Airbus ou pour leurs sous-traitants. La pollution des sols du quartier serait issue du passé et du présent de Méan-Penhoët : remblais industriels, débris des destructions de la Seconde Guerre mondiale, rejets actuels des industries.

Square pollué : du plomb jusqu’à cent fois le seuil sanitaire

Récemment, des analyses de sols ont montré plusieurs cas de pollutions dans le quartier, selon des informations mises en lumière par la surveillance assidue des associations (Vivre à Méan-Penhoët, Ligue des droits de l’homme), relayée par un article du journal local Presse Océan. Un square présente des concentrations en plomb, arsenic et mercure anormales (dépassant les seuils de vigilance sanitaire définis par le Haut Conseil de la santé publique). Après cette découverte, en 2023, la municipalité et l’Agence régionale de santé ont attendu six mois avant de prendre une première mesure : fermer le square et communiquer partiellement via la presse. Mais les chiffres précis ne sont pas donnés, rien n’est dit du risque sanitaire, aucune action de dépistage parmi les riverains n’est envisagée.

Quelques mois plus tard, alors que de nouveaux prélèvements dans le square confirment la pollution, dont un prélèvement de plomb dépassant de cent fois le seuil sanitaire (!), l’ARS et la ville ne font rien de plus, fermant là encore les yeux sur les risques sanitaires, notamment pour les enfants et femmes enceintes qui ont côtoyé le square avant sa fermeture.

Les silences et les inactions des pouvoirs publics

Le scandale a été rendu public début 2026 par les associations d’habitants, qui n’ont reçu les rapports que trois ans après la découverte de la pollution. Jusqu’à maintenant, l’ARS et la ville ne les avaient ni rendus publics, ni transmis aux associations, malgré leurs demandes. Alors pourquoi maintenant ? Parce qu’à 200 mètres de ce square, des analyses dans un jardin privé ont montré fin 2025 des pollutions de… plomb, arsenic et mercure. Métaux présents dans la terre et dans les légumes, touchés, cultivés, mangés par la propriétaire du jardin, ses enfants et petits-enfants. Les autorités disent avoir prévenu « les riverains », mais seule la propriétaire du jardin pollué a reçu un courrier. Les voisins, parmi lesquels des familles avec enfants, sont peut-être quotidiennement intoxiqués dans leur jardin sans qu’aucune alerte ne leur ait été donnée.

Vue sur Les Chantiers de l’Atlantique, photo NPA-Révolutionnaires

Ces pollutions sur deux terrains voisins sont-elles liées ? Quelle est leur ampleur ? Elles sont peut-être localisées, limitées à quelques mètres de terre. Ou peut-être s’étendent-elles plus largement dans le quartier. Et quelles en sont les causes ? Remblais ou rejets des industries actuelles ? On ne le sait pas, faute d’investigations adéquates. La préfecture, l’ARS et la Dreal (le service de la préfecture qui gère les questions de risques industriels) promettent de nouvelles analyses des sols d’ici l’été 2026, mais sans plus de précision. Il faudrait enquêter sur l’usage des sols par le passé, multiplier les analyses, connaître l’usage des polluants par les industries voisines. Ce qui impliquerait le financement des prélèvements (un échantillon c’est 500 euros en moyenne), l’information et l’implication des habitants comme des industriels. Mais ça ne semble pas être l’objectif des autorités.

Symptôme d’un système économique fondé sur l’exploitation des travailleurs et le saccage de la terre

Pourquoi ces inactions, ces lenteurs et ces communications quasi mensongères des pouvoirs publics ? La pollution des sols est un sujet encore peu documenté, moins que pour l’air ou l’eau. Les connaissances manquent, car l’État refuse de s’y confronter. Ce qu’illustre la gestion de l’ancienne fonderie de Metaleurop (Pas-de-Calais). L’usine s’était fait connaître par sa fermeture brutale en 2003, laissant 830 salariés sur le carreau. Elle est réapparue dans l’actualité en 2022 avec des cas de saturnisme chez des enfants intoxiqués au plomb. Aujourd’hui, les sols dans les villages autour du site continuent d’être pollués et d’intoxiquer la population, l’État refusant le retrait des terres. L’opération coûterait cher et constituerait un précédent que l’État ne veut pas assumer.

La pollution des sols révèle les limites d’un système économique fondé sur l’exploitation des travailleurs et le saccage de la terre. Les autorités n’ont rien à gagner à parler de ce sujet, à investir dans les recherches et à traiter les pollutions. Ce serait contre-productif, contraire aux intérêts des entreprises polluantes qu’elles gavent de subventions. Alors elles agissent au minimum pour rassurer les habitants et réagissent aux mobilisations quand il y en a : on ne connaîtrait pas les exemples de Saint-Nazaire et de Metaleurop sans la mobilisation de ses habitants.

Les travailleurs et les habitants subissent cette logique capitaliste. L’argent ne va ni dans les salaires, ni dans la santé. Il finance les capitalistes pollueurs et les armes de guerre. Ces armes qui tuent aujourd’hui en Iran, en Ukraine, en Palestine… et qui empoisonnent, à l’image des destructions de dépôts pétroliers en Iran, ayant occasionné des pluies noires toxiques. Ces mêmes armes qui détruisirent Saint-Nazaire pendant la Seconde Guerre mondiale et que l’on retrouve aussi probablement aujourd’hui sous forme de métaux polluant les squares et les jardins du quartier ouvrier.

Correspondant