jeudi 19 mars 2026

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La Rochelle : la santé des travailleurs sacrifiée au nom du profit

Le 6 mars, une nouvelle tragédie est venue s’ajouter au scandale sanitaire qui touche l’ouest de La Rochelle. Un accident grave sur les silos de céréales Socomac a coûté la vie à un ouvrier de 60 ans et blessé un jeune de 25 ans. Si l’enquête est en cours, les premiers éléments pointent des défaillances dans la mise en place de palans sur un tapis de convoyage. Ce type d’intervention est particulièrement dangereux, d’autant plus qu’il s’effectue souvent sous pression, avec des exigences de rapidité accrues et un recours fréquent à la sous-traitance. Ces drames ne sont pas isolés : en six ans, trois travailleurs ont perdu la vie sur ce site. Et c’est bien la logique du profit au détriment de la sécurité des travailleurs qui amène ces drames.

Et comme s’il fallait une démonstration supplémentaire, ces derniers mois, c’est aussi l’affaire des cancers qui fait parler.

En effet, c’est depuis 2023, que circule dans les instances officielles le résultat d’une étude effrayante révélée au grand public non par un acte volontaire des pouvoirs publics, mais par la presse.

On y apprend une surreprésentation, chez les hommes, de 27 % des cancers du poumon et de 33 % des cancers des voies aérodigestives dans la banlieue ouest de la Rochelle. Notamment les quartiers de la Pallice, de Laleu, de Port-Neuf, de la Rossignolette et de Mireuil. C’est-à-dire les quartiers ouvriers bordés par la zone industrielle du port. Il faut dire que rien qu’en s’y rendant, l’explication est vite trouvée.

À l’ouest, un port de commerce d’un demi-millier d’hectares : La Pallice, se hisse au deuxième rang des plus grands exportateurs de céréales en France. Et le transbordement des grains des camions aux cargos par l’intermédiaire de gigantesques silos dégage des poussières chargées en pesticides. Légèrement plus au nord, des sites de stockage d’hydrocarbures jouxtent à moins de 30 mètres des habitations. Sur une ligne de 500 mètres, on trouve ainsi d’énormes cuves d’hydrocarbures, des silos à céréales, des entrepôts d’engrais. Ce sont six sites Seveso regroupés les uns à côté des autres. Et enfin, vers Port Neuf, une usine de 40 hectares, du groupe Solvay, où sont utilisées et transitent diverses substances inflammables, dangereuses et toxiques. Une usine stratégique qui vise à raffiner les terres rares.

D’ailleurs, le 11 décembre 2025, le ministre délégué chargé de l’Europe, Benjamin Haddad, faisait sa visite de ces sites, non sans fierté, car au nom de la souveraineté industrielle face à la Chine et aux États-Unis, la santé des travailleurs n’a pas son mot à dire.

Pour l’agglomération, les raisons de ces drames sont la consommation de tabac, de cannabis et d’alcool. Puisque c’est bien connu, pour eux, si les travailleurs qui passent la journée à décharger des tonnes de grains dans la poussière ou bien la génération précédente qui travaillaient dans des conditions déplorables dans les chantiers navals développe des cancers, c’est qu’ils fument plus que leurs employeurs. Sans parler du mépris de cette conclusion, il leur sera difficile à prouver qu’une consommation, même peut-être supérieure à la moyenne, puisse montrer une différence aussi frappante avec les autres quartiers de la ville, notamment populaires. Et comment justifier une attente de deux ans avant de publier cette conclusion ? Il est en tout cas maintenant déconseillé désormais de manger ses propres légumes, peut-être que les poireaux des potagers de Laleu ou de la Pallice sont eux aussi fumeurs ?

Théo Laurent