mardi 30 décembre 2025

FAF

 

Le Rassemblement national vole au secours de Brigitte Bardot

Jordan Bardella, Marine Le Pen et leur allié Éric Ciotti n’ont pas du tout apprécié qu’à l’occasion du décès de Brigitte Bardot, la presse rappelle, entre autres, ses accointances avec l’extrême droite, son admiration pour Jean-Marie Le Pen et ses multiples condamnations en justice pour ses propos sexistes, homophobes, racistes et islamophobes. Pour Bardella, il s’agit « d’une entreprise de méchanceté » de la part « d’une presse de gauche » qui « serait bien incapable de produire autre chose que de la haine recyclée ». Éric Ciotti s’agace que « même dans la mort, les défunts sont poursuivis par la haine et l’extrémisme ». 

En matière d’extrémisme, Bardot était pourtant une experte. Elle avait par exemple qualifié de « population dégénérée encore imprégnée des coutumes ancestrales » les habitants de la Réunion et traitait les personnes homosexuelles de « lopettes de bas étage, travelos de tout poil, phénomènes de foire ». 

N’en jetez plus ! Bref, elle préférait nettement les animaux au genre humain dans toute sa diversité. Alors une « icône » ? Très peu pour nous.

venezuela

 

Agression impérialiste contre le Venezuela : un nouveau cran est franchi

Ce mardi 30 décembre, Trump a rendu officielle l’information : l’armée américaine et la CIA ont procédé à des bombardements par drone sur la côte vénézuélienne. Ce bombardement sur le territoire du Vénézuéla est un nouveau cap franchi dans ce qu’il faut désormais qualifier de guerre menée par les États-Unis.

Auparavant, les États-Unis avaient déjà saisi – en toute illégalité deux pétroliers vénézuéliens.Le 21 décembre,

Ces saisies constituent une nouvelle étape dans l’agression du Venezuela par l’impérialisme américain. En s’en prenant à la principale source d’exportations du Venezuela, Trump cherche à asphyxier l’économie du pays.

Depuis septembre dernier, les frappes menées par l’armée américaine contre des navires vénézuéliens au nom d’une prétendue « lutte contre le trafic de drogue » ont tué plus de 105 personnes… C’est une véritable armada qui a été déployée dans la mer des Caraïbes, au large des côtes vénézuéliennes : 15 000 hommes, une porte-avions à propulsion nucléaire, au moins huit navires de guerre. Le nombre de vols d’avions de guerre dans la zone est tellement important que plusieurs accidents dramatiques avec des avions civils ont été évités de justesse, comme le vendredi 12 décembre, au-dessus de l’île de Curaçao. Le 17 décembre, Trump a annoncé l’envoi de troupes en Équateur, un pays dirigé par son ami Daniel Noboa, en violation complète du résultat du référendum de novembre qui avait vu un refus massif par les Équatoriens des bases militaires étrangères dans leur pays.

Bien évidemment, ce n’est pas du tout la « lutte contre la drogue » qui motive Donald Trump et les seigneurs de guerre américains. C’est l’immense réserve de pétrole que concentre le Venezuela, qui reste un des principaux pays exportateurs de pétrole, malgré les sanctions américaines qui durent depuis 2019. Susan Wiles, directrice de cabinet de Trump, l’a d’ailleurs reconnu en déclarant : « Trump veut continuer à faire exploser des bateaux jusqu’à ce que Maduro capitule. »

La deuxième compagnie pétrolière américaine, Chevron, continue d’ailleurs d’opérer au Venezuela, et Trump vient même de l’autoriser à continuer ses activités le 27 décembre dernier ! Mais pour les capitalistes américains, le régime de Maduro, le président vénézuélien, n’est pas assez servile, car il continue d’oser réclamer que la compagnie pétrolière nationale, PDVSA, collabore avec les entreprises étrangères. Alors Trump lui fait la guerre et menace de le renverser !

Cependant, bombarder et envahir le Venezuela, un pays industriel de plus de 28 millions d’habitants, n’est pas chose si aisée. C’est pourquoi, jusque dans les rangs des Républicains, certains se crispent. Des élus du parti de Trump ont même dénoncé des frappes « illégales », « contraires au droit américain » !

Contraires au droit américain ou pas, il faut dénoncer avec force la nouvelle agression impérialiste contre le Venezuela. Troupes américaines hors des Caraïbes et d’Amérique latine ! Arrêt immédiat des bombardements contre le Venezuela !

Aurélien Pérenna


lundi 22 décembre 2025

banques

 

Quand « l’épargne durable » sert à financer l’armement… et le génocide à Gaza

Une enquête menée par plusieurs médias européens – dont MediapartVoxeuropIrpiMedia et El País – révèle que près de 50 milliards d’euros d’épargne durable, destinés en théorie à la défense de l’environnement, ont été détournés de leur fonction originelle pour financer 104 entreprises d’armement, dont la moitié pour 27 sociétés européennes. Cerise sur le gâteau, l’armée israélienne a bénéficié d’une partie de ce pactole. Plusieurs banques tricolores – dont BNP Paribas, Crédit agricole, BPCE-Banque populaire, Caisse d’épargne et le Crédit mutuel – sont impliquées dans ce détournement. Ce sont les mêmes qui financent également des projets écocides liés aux énergies fossiles à travers le monde. Lorsqu’il s’agit de rentabilité financière, les institutions bancaires s’assoient allègrement sur leurs « grands principes ».

noel

 

La trêve de Noël 1914 : quand des milliers des soldats refusaient la boucherie

La scène est restée dans les mémoires, se frayant même son chemin sur le grand écran dans le film Joyeux Noël de 2005 : en pleine guerre mondiale, des soldats des deux camps interrompirent les combats pour célébrer Noël. L’événement est généralement dépeint comme une brève lueur d’humanité, quelques heures de fraternité – soldats comme généraux des deux camps – avant la reprise des combats. La magie de Noël, finalement ! Mais au-delà de quelques chansons de Noël et de prières pacifiques, ce sont en réalité près de 100 000 soldats qui ont refusé de combattre, souvent en désobéissant aux ordres de leurs supérieurs, qui eurent bien du mal à ramener la discipline.

« Les pauvres diables, ils sont dans la même merde que nous » – une trêve spontanée

En décembre 1914, l’espoir d’une victoire rapide qu’on avait fait miroiter aux jeunes soldats au début de la guerre n’est plus qu’un lointain souvenir. Les lignes de front sont figées et les soldats qui pensaient être rentrés pour Noël se font face dans les tranchées. Plus grand-chose ne reste de l’enthousiasme nationaliste de l’été.

C’est le 24 décembre, sur le front de l’Ouest près d’Ypres, qu’ont lieu les premières scènes de fraternisation : de manière indépendante et spontanée, à plusieurs endroits du front, des chansons de Noël résonnent dans les tranchés et se répondent, des délégations amènent des cadeaux dans les tranchées ennemies, des sapins se dressent sur les fortifications des tranchées. Dans les premiers endroits, des cris annoncent d’un côté comme de l’autre qu’ils ne tireront pas le soir de Noël. Les soldats sont fatigués de la barbarie et beaucoup des plus ardents patriotes sont souvent tombés au front, remplacés par des réservistes plus âgés, moins imprégnés de la frénésie nationaliste et souvent encore marqués par les idées anti-militaristes des organisations ouvrières avant leur trahison.

Le lendemain, la trêve fragile s’élargit et se transforme en véritable mouvement de masse : près de 100 000 soldats cessent le combat. Ils envahissent le no man’s land entre les tranchées, s’échangent des cadeaux, organisent des matchs de foot et des enterrements avec des prières et des chants bilingues pour les centaines de corps qui jonchent le terrain de bataille. Des scènes pittoresques ont lieu : un soldat saxon qui avait travaillé comme coiffeur à Londres coiffe les soldats anglais comme allemands, des soldats chassent des lapins et des cochons pour organiser des barbecues, d’autres pillent ensemble des fermes abandonnées ou organisent des courses de vélo. C’est surtout le front anglais qui fraternise, mais on trouve également quelques instances de fraternisation entre soldats français ou belges et allemands.

Cette fraternisation spontanée horripile évidemment la hiérarchie militaire. Début décembre, les gouvernements belligérants ont catégoriquement refusé une trêve de Noël proposée par le pape. Consciente de la possible chute de moral pendant les fêtes, la hiérarchie militaire envoie des cadeaux au front (qui vont souvent devenir des souvenirs échangés avec les soldats « d’en face »), pendant que les généraux anglais du front des Flandres lancent une série d’offensives suicidaires courant décembre. Lorsque la fraternisation s’engage, les officiers sont impuissants. Certains ordonnent à leurs soldats de retourner au combat avant d’abandonner face au refus général d’obéir. D’autres sont simplement débordés et se montrent parfois opportunistes en profitant de la trêve pour inspecter les tranchées ennemies ou envoyer des espions. La plupart ne rapportent que tardivement, et partiellement, à l’état-major : trop manifeste est leur échec de maintenir la discipline des troupes. Le soir du 25, les nouvelles parviennent finalement aux états-majors, qui ordonnent la reprise immédiate des combats. Les positions anglaises reçoivent l’ordre que « toute fraternisation doit cesser immédiatement. Si elles se répètent, elles seront punies durement ». L’état-major central allemand comme anglais menace les « mutins » de les juger pour haute trahison devant un tribunal de guerre.

Sur une partie du front, les armées reprennent position dans les tranchées. Mais dans beaucoup d’endroits, la trêve se maintient le 26, jour de fête en Allemagne comme en Angleterre. Près de la forêt de Ploegsteert, des soldats anglais se réunissent autour d’un sapin avec le 16e régiment d’infanterie de réserve bavarois, et chantent ensemble des chants de Noël. D’après un vétéran du régiment, un coursier bavarois observe de loin cette fraternisation, indigné et plein de mépris : Adolf Hitler…

« Gentlemen, le colonel a donné l’ordre de rouvrir le feu à minuit » – le difficile retour à l’ordre

Mais les généraux finissent par faire rentrer leurs soldats dans les tranchées. Parfois de manière absurde : dans de nombreux endroits, les soldats se disent au revoir au milieu du no man’s land tel deux boxeurs avant un combat, à un endroit du front, les soldats allemands chantent God Save the King avant de rentrer sur leurs positions. Et le retour de l’ordre est difficile. Nombreux sont les soldats qui refusent explicitement de tirer sur les positions adverses avant d’être menacés de passer devant un tribunal de guerre, plus nombreux encore ceux qui obéissent de manière hésitante, puis tirent ostensiblement en l’air. La dégradation de la météo rend impossible les plans d’offensives de part et d’autres, et les habitudes de Noël restent : entre un feu d’artillerie peu nourri, les soldats communiquent et se prêtent des outils. Une unité allemande envoie un messager pour prévenir « l’ennemi » avec un message écrit : « Gentlemen, le colonel a donné l’ordre de rouvrir le feu à minuit, ce dont nous avons l’honneur de vous informer. » Sur bien des parties du front, il faut des semaines avant que « l’ordre » soit réellement rétabli.

Au final, les états-majors vont devoir renvoyer une grande partie du front pour le remplacer progressivement par des nouveaux appelés, pour lesquels les soldats d’en face n’ont jamais été autre chose qu’un ennemi sans nom. En avril 1915, la première utilisation du gaz moutarde exacerbe la haine et la déshumanisation et achève d’en finir avec l’esprit de fraternisation. Il faudra attendre encore près de trois ans pour qu’à nouveau, des soldats refusent en masse la barbarie impérialiste, en Russie en 1917, puis en Allemagne en 1918.

Plus de cent ans plus tard, c’est souvent qu’on se rappelle de cet événement comme d’une trêve momentanée, dans l’esprit de Noël, de l’humanisme et du pacifisme. Mais dans ces temps où les Mandon, Macron et compagnie veulent à nouveau envoyer « nos enfants mourir pour la patrie », rappelons-nous ce que cette « trêve » était vraiment : un mouvement de masse des ouvriers et paysans enrôlés dans les armées impérialistes, qui, le temps d’une soirée, de quelques jours, parfois de quelques semaines, ont refusé collectivement la boucherie impérialiste qu’était la Première Guerre mondiale.

Dima Rüger, 20 décembre 2025

calots

 

À l’hôpital, les directions font la chasse aux calots : une opération arbitraire et discriminatoire

Mardi 23 décembre, à 10 heures, se tiendra l’audience en référé de Majdouline B., infirmière de l’hôpital de la Pitié-Salpêtrière (AP-HP) à Paris, qui conteste sa révocation pour port d’un calot à l’hôpital. Son cas est loin d’être isolé. Prenant prétexte de la laïcité, de plus en plus de directions hospitalières se livrent à une véritable chasse aux couvre-chefs – bonnets, bandeaux, calots et charlottes médicales… – qui n’ont pourtant rien de signes religieux ostentatoires, encore moins prosélytes. Alors pourquoi s’en prendre à ces collègues en particulier ? La consonance d’un nom, la couleur de peau, la religion supposée ? Le constat est clair : les directions hospitalières ciblent des collègues en fonction de critères racistes, présumant qu’elles sont de confession musulmane, pour mieux les sanctionner. C’est la porte ouverte à un arbitraire patronal total. Pour mieux diviser et affaiblir des collectifs qui se battent au quotidien contre des coupes budgétaires sans précédent dans les hôpitaux. Et les soignants ne s’y trompent pas : l’affaire a suscité une vague de soutien massive sur les réseaux sociaux, portée par des collègues révoltées par ces procédures arbitraires et discriminatoires.

Humiliations, harcèlement, sanctions disciplinaires

Pendant des mois, Majdouline B. et plusieurs de ses collègues auront subi des vexations répétées pour le simple fait de porter un calot, une charlotte ou un bandeau. Certaines ont cédé. D’autres ont quitté l’hôpital, sous la pression. C’est dire le poids et la violence des pressions subies : des cadres débarquent dans un service en vociférant qu’il faut « enlever tout ça » ; une directrice hurle sur une soignante au self devant tout le monde ; une collègue se voit refuser un CDI et son CDD n’a pas été renouvelé parce qu’elle portait un couvre-chef pour une alopécie attestée par certificat médical ; dans un service, les aides-soignantes sont convoquées cinq fois, et le cadre leur explique qu’il leur fait un « cadeau » en les autorisant à porter un bandeau de « cinq centimètres maximum » ; dans un autre, un chef suggère aux collègues noires de « porter une perruque, si vous voulez cacher vos cheveux »…

Dans de nombreux hôpitaux, des soignants rapportent des pressions et procédures disciplinaires similaires – et qui s’intensifient : Rennes, Marseille, Lyon, ainsi qu’en région parisienne… Le tout s’inscrit dans une ambiance pesante qui tend à légitimer ces attaques. Ici, on brandit une « charte de la laïcité » que l’on fait signer à tour de bras, comme à l’AP-HP depuis 2019 ; là, on impose des formations obligatoires sur la laïcité ; ailleurs, on interdit le port de couvre-chefs dans les Ifsi (instituts de formation en soins infirmiers) ou au self, alors même que, contrairement aux services hospitaliers, l’interdiction du voile ne s’y applique pas.

Majdouline B. aura tenu bon, avec le soutien de ses collègues et du syndicat. « Ce n’est pas un combat religieux, je ne me bats pas pour ça, je me bats contre l’arbitraire de la direction », explique-t-elle. « Ça fait sept ans que je travaille ici, on ne m’a jamais rien dit, ils n’ont pas à m’imposer de ne pas porter de calot, pourquoi moi ? C’est une question de principe. »

Rien à voir avec la laïcité, mais tout avec l’arbitraire patronal

Rapports, entretiens disciplinaires, blâme… Après des mois de procédure, et en dépit du soutien de ses collègues – ayant organisé tracts, pétition et rassemblement – la direction de l’hôpital franchit le pas : Majdouline est révoquée. Non pour violation du principe de laïcité, mais parce que le port d’un calot serait « contraire aux règles d’hygiène » et pour refus d’obéissance.

Car c’est précisément là que le bât blesse. Rien, en droit, ne permet aux directions hospitalières de sanctionner des soignants au motif de port d’un couvre-chef. La laïcité ne prohibe que le port de signes religieux, afin d’empêcher toute forme de prosélytisme à l’égard des usagers – et une charlotte ou un calot, de toute évidence, n’en fait pas partie. La direction de l’AP-HP en a parfaitement conscience : son directeur général, Nicolas Revel, l’a lui-même reconnu lors du CSE central du 19 juin 2024, comme en atteste le procès-verbal de séance : « Il est impossible d’établir une mesure d’interdiction générale [des couvre-chefs] à l’échelle de l’AP-HP. » Ce qui est confirmé en séance par la directrice des affaires juridiques, rappelant que « cela n’est pas possible en l’état actuel de la loi ou de la jurisprudence ». Obstinée, la direction cherche donc, dès cette réunion, les moyens de contourner cet obstacle. « Une telle interdiction », avance-t-elle, nécessiterait de démontrer « que le port de toute coiffe serait une suspicion du port d’un signe religieux », une gageure. Dès lors, mieux vaudrait se rabattre, selon elle, sur « des enjeux d’hygiène et de sécurité » – un prétexte tout trouvé ! Même si, là aussi, elle reconnait elle-même que ce serait « particulièrement compliqué à mettre en œuvre d’un point de vue juridique ».

La direction peut certes trouver recours parmi les plus réactionnaires des tribunaux administratifs. Certains juges, faisant œuvre de divination, ont conçu, contre toute logique, qu’un attribut vestimentaire puisse être considéré comme un « signe religieux par destination ». Le Conseil d’État a toutefois rappelé à l’ordre ces apprentis devins en 2020, en signalant que de tels éléments sont, en l’absence d’autres circonstances, « par eux-mêmes insuffisants pour caractériser la manifestation de convictions religieuses dans le cadre du service public ». Et quand bien même ils le seraient, rappelons que la laïcité se borne à prohiber toute forme de prosélytisme – ce dont ne peut être tenu responsable un calot – et non à mener une inquisition des consciences ! Encore moins de servir de supplétif patronal pour une police de la pensée ! La Défenseure des droits, quant à elle, a rappelé à de multiples reprises que l’interdiction du port de tout couvre-chef dans des règlements intérieurs constituait une discrimination indirecte.

Fragile sur le plan juridique, la direction n’a cessé, pendant toute la procédure, de tergiverser quant au grief à formuler. Après avoir accusé Majdouline, à l’oral comme à l’écrit, de violation du principe de laïcité, elle s’est enlisée lors de l’entretien disciplinaire. D’un côté, elle invoquait « les règles relatives à la laïcité » ; de l’autre, elle niait toute sanction fondée sur ce motif. Le prétexte évoluait au fil des échanges : « C’est une question d’hygiène » – « Non, puisque le port du calot n’est pas interdit par le règlement et les règles d’hygiène » – « Certes, mais Mme B. n’a pas donné les raisons pour lesquelles elle portait un couvre-chef. Elle doit l’enlever. Rappelons les règles de la laïcité… » – « Ah, donc c’est bien ça le problème ? Pour quelle raison supposez-vous que la collègue a des raisons religieuses ? Parce qu’elle a un nom à consonance arabe ? » – « Non, non, c’est un problème d’hygiène ».

Acculée sur le terrain de la pseudo-laïcité, elle a donc dû se rabattre sur le prétexte de l’hygiène – non sans une certaine ironie, à propos d’un équipement visant précisément à la garantir. Quant à la réticence à assumer ouvertement le terrain de la laïcité, elle vaut aveu – s’il en était besoin – de l’inconsistance de cet argumentaire.

L’hypocrisie de la laïcité brandie par les patrons et l’État français

Utiliser la laïcité comme prétexte à ces procédures arbitraires est d’autant plus révoltant que la laïcité de l’État français est à sens unique. Elle ne s’applique qu’aux personnes de confession musulmane, ou présumées telles. Un « deux poids, deux mesures » criant, quand on sait que près de la moitié des membres du gouvernement ont participé aux « Manifs pour tous », mobilisation catholique intégriste contre le mariage homosexuel. Autre exemple, l’État consacre 14 milliards d’euros par an au financement des écoles catholiques. C’est près d’un quart du budget des hôpitaux publics ! Tout récemment encore, l’inauguration du nouveau téléphérique du Val-de-Marne a consisté en sa « bénédiction » par un prêtre chrétien. Sans parler des drapeaux français mis en berne sur tout le territoire à la mort du pape. Et les hôpitaux ne sont pas en reste : c’est littéralement dans la chapelle Saint-Louis que la Pitié-Salpêtrière a tenu sa dernière journée de sensibilisation… contre les violences faites aux femmes !

Brandie par les patrons, à l’hôpital comme ailleurs, la laïcité est un outil managérial et politique contre les travailleurs. À la RATP, a été engagée cet été une campagne de « laïcité » pour aider managers et salariés à déceler tous les comportements ou signes religieux, mais surtout quand il s’agit de l’islam… parmi les signes, « parler français » par exemple : rien à voir avec la laïcité, mais bien plutôt avec la xénophobie ! De manière générale, la laïcité avait déjà servi de justification, lors de la loi Travail en 2016, pour introduire dans le Code du travail la possibilité pour les entreprises d’inscrire une « clause de neutralité » dans leur règlement intérieur, afin de restreindre « la manifestation des convictions des salariés » – une formulation pouvant aussi viser, au passage, les convictions politiques que le patronat cherche à faire taire dans les entreprises. À ce titre, la répression des soutiens du peuple palestinien n’est que le dernier exemple en date.

La lutte contre les obscurantismes, et donc contre toutes les extrêmes droites, religieuses ou non, n’est pas un combat que l’on peut remettre dans les mains de nos patrons ou du gouvernement. La laïcité de ceux-là n’est que le masque de leur racisme dirigé contre les musulmans (ou assignés comme tels), partie intégrante de l’offensive contre tous les travailleurs, quelles que soient leurs origines ou religions supposées. Car pendant qu’on fait la chasse aux calots à l’hôpital ou aux « radicalisés » à la RATP, on continue d’organiser le sous-effectif, les coupes budgétaires et les bas salaires.

Résister à l’arbitraire patronal et raciste

Cette chasse aux calots n’a donc rien à voir avec la laïcité, et tout avec l’arbitraire patronal. Les directions hospitalières qui s’en prennent aux soignantes musulmanes ou perçues comme telles exploitent un climat médiatique saturé de discours anti-immigrés, racistes et islamophobes, dont de nombreux responsables politiques ont fait leur fonds de commerce. Cette offensive vise d’abord à humilier. Elle cherche surtout à faire admettre que la direction puisse s’immiscer jusque dans la manière de s’habiller des agents, qu’elle puisse les sanctionner sur la base de suppositions quant à ce qu’ils pensent. Et, en dernier ressort, à contraindre manu militari celles qui refuseraient d’obtempérer. Si refuser cet arbitraire expose à la révocation pour « refus d’obéissance », alors c’est l’arbitraire total et les pleins pouvoirs accordés au patron. Y résister n’est ni un combat pour le port du voile, ni une concession aux intégrismes religieux – qu’ils soient catholiques ou musulmans –, c’est une lutte contre l’arbitraire patronal.

Car vouloir soumettre et casser les collectifs de travail, c’est aussi une manière de mettre la pression à tous les agents, de les forcer à accepter les conditions de travail insupportables. Et c’est chercher à faire diversion, pour mieux détourner l’attention des vrais problèmes : le sous-effectif, le manque de matériel, les fermetures de lits, l’état désastreux de l’hôpital public…

Face à la pénurie organisée de soignants, une politique criminelle

En cela, cette chasse aux couvre-chefs n’est pas seulement absurde : elle est criminelle. À l’heure où les hospitaliers essuient les pires attaques, aggravées par le budget profondément austéritaire qui vient d’être voté : une saignée de plus d’un milliard d’euros pour les hôpitaux publics, soit plus de 20 000 postes en moins, l’équivalent de trois fois un hôpital comme la Pitié-Salpêtrière ! À l’heure où le manque de soignants est déjà criant, où, faute d’embauche et de moyens, les conditions de travail sont insupportables et les salaires bien trop bas… Ces directions choisissent de harceler, de faire fuir voire de révoquer des aides-soignantes et infirmières. Avec des conséquences désastreuses. Les services ne tenant déjà qu’à un fil, c’est faire le choix de provoquer parfois jusqu’à la fermeture, comme tout récemment dans ce secteur pédiatrique d’un grand hôpital parisien. Pendant ce temps, les patients, eux, se soucient bien peu de ce qu’elles portent sur la tête : ils ont avant tout besoin d’être soignés.

C’est sans doute ce qui explique la vague de soutien qu’a suscité l’affaire de Majdouline B., notamment chez les soignantes. La laïcité, brandie par les directions hospitalières, apparait pour ce qu’elle est : un prétexte pour cibler toute une partie des travailleurs, de confession musulmane supposée, et diviser la classe ouvrière. C’est l’une des facettes de l’offensive raciste actuelle – qui est aussi une réponse, ces dernières années, pour contrer le pas en avant dans la conscience, la colère et l’injustice qu’inspirent les poussées de l’impérialisme, notamment en Palestine. Ne laissons pas une seule d’entre nous en faire les frais !

Hélène Arnaud