Montrer l’occupation israélienne en Cisjordanie, voici l’objectif de No Other Land, nommé meilleur documentaire à la Berlinale 2024. Ce film, réalisé par une équipe de réalisateurs israélo-palestinienne, se déroule dans la communauté rurale de Masafer Yatta, en Cisjordanie, et décrit ce qu’impose l’armée israélienne aux Palestiniens et Palestiniennes.
Le début du film donne la couleur : des Palestiniens, impuissants, regardent un bulldozer israélien en train de détruire une de leurs maisons. Au milieu des expulsions forcées, des colons israéliens armés tirent sur les civils palestiniens, des familles palestiniennes sont obligées de vivre dans des grottes… Ce documentaire dénonce avec force la violence de la colonisation israélienne, dont la plupart des médias ne parlent pas. C’est le message de nos deux protagonistes, Yuval, journaliste israélien qui s’oppose à la colonisation, et Basel, militant palestinien : montrer et dénoncer auprès du plus grand nombre possible la colonisation et les crimes de l’armée israélienne, et surtout que le combat mené par les habitants de Masafer Yatta est celui de tous les travailleurs et travailleuses palestiniens, qui luttent contre l’occupation israélienne.
Ironie de la situation, le film se termine en octobre 2023, quand les soutiens de Netanyahou prétendent qu’il s’agit du début de la guerre en Palestine. Mais ce que No Other Land rappelle, c’est que la colonisation israélienne dure depuis plus de 80 ans, et aussi à quel point il est toujours aussi important d’exprimer notre solidarité envers le peuple palestinien et libanais, massacrés par l’armée israélienne.
Le tribunal d’application des peines a accepté la onzième demande de libération conditionnelle du militant libanais pro-palestinien Georges Ibrahim Abdallah, 73 ans, derrière les barreaux depuis 40 ans, actuellement à la prison de Lannemezan, dans les Hautes-Pyrénées. Il devrait sortir le 6 décembre prochain. Incarcéré depuis 1984 et condamné la prison à perpétuité pour complicité présumée dans l’assassinat de deux diplomates (un américain et un israélien) Abdallah, soutien indéfectible de la cause palestinienne, a toujours clamé son innocence. Le parquet national antiterroriste a annoncé immédiatement faire appel de cette décision. En 2013, déjà, Georges Ibrahim Abdallah avait failli recouvrer la liberté. Mais, sous pression des États-Unis, les ministres « socialistes » de l’époque, Laurent Fabius aux Affaires étrangères, et Manuel Valls à l’Intérieur, n’avaient pas mis en œuvre l’arrêté d’expulsion auquel la justice avait conditionné sa libération. La même chose pourrait se reproduire aujourd’hui. Raison de plus pour poursuivre la campagne pour qu’il recouvre la liberté.
Quelques heures après l’annonce de plan social chez Auchan, mardi 5 novembre, la direction de Michelin déclarait fermer les sites de Cholet et de Vannes. En une journée, 3 600 travailleurs ont appris de leurs patrons millionnaires la disparition de leur gagne-pain. Contre ces licenciements massifs, seule l’union du monde du travail pourra faire reculer le patronat. Les salariés de Michelin à Cholet semblent capables de montrer la voie.
Parmi les travailleurs de Michelin, « on reste soudés »
Avec son annonce de fermeture d’ici à 2026, la direction de Michelin met 955 salariés sur la paille à Cholet, auxquels s’ajoutent les 299 de Vannes et des centaines parmi les entreprises sous-traitantes. Depuis, un piquet de grève est entretenu jour et nuit devant l’usine de Cholet, rue de Toutlemonde. Les réactions mêlent indignation et colère, abattement et angoisse de l’avenir. Des familles sont concernées, « mon salaire permet de payer le loyer que j’ai avec mon fils », rapporte l’un. « Mes jeunes faisaient leur job d’été ici », témoigne un autre.
Lorsque la production recommencera, mardi 12 novembre, tous n’auront pas participé au mouvement de grève intersyndical. « On a besoin de notre salaire », soupire un salarié, « mais je serai solidaire des grévistes ». Il poursuit en résumant l’état d’esprit général : « La direction et l’État nous abandonnent, mais entre collègues on reste soudés. On ne lâchera rien à Michelin. »
Michelin ferme malgré des records de bénéfices
Et il y a de quoi récupérer à la direction et à ses actionnaires. Le leader mondial de fabrication de pneumatiques a enregistré un record de bénéfice opérationnel en 2023, de 3,6 milliards d’euros, et un bénéfice net de 2 milliards. Des bénéfices sur le dos des travailleurs, les plus âgés soulignent « une santé flinguée », et s‘ajoute à l’angoisse de l’avenir, le sentiment d’une « trahison ». Mais, à Cholet, celles et ceux qui fabriquent des pneus premium, ne comptent pas se laisser faire. Les mauvais coups étaient dans l’air : l’hiver dernier l’un des quatre blocs de fabrication avait été démonté, la production avait baissé.
La riposte s’organise
À côté des réunions de l’intersyndicale (CGT, Sud et CFDT), des visites de politiciens en tout genre – dont le ministre de l’Industrie qui n’a tenu que trois minutes sous les huées –, les salariés ont commencé à prendre leurs affaires en main. Une première assemblée des travailleurs a eu lieu immédiatement après l’annonce, mardi 5, une autre le lendemain. Sur un site fermé provisoirement par la direction, une troisième assemblée a rassemblé 200 personnes jeudi. Le lancement d’une grève a été votée, une manifestation s’est organisée dans la zone industrielle vendredi 8, réunissant près de 600 personnes (au même moment où Clermont-Ferrand débrayait aussi par solidarité), et une délégation en direction du siège à Clermont-Ferrand est prévue pour le mercredi 13 novembre.
Si la plupart des salariés semblent donner leur confiance aux syndicats, ils pourront aussi et surtout s’appuyer sur leur propre force, celle du monde du travail, qui fait tourner toute la société. Les plans sociaux imposés par le patronat se multiplient. À Cholet, des sites comme ceux de Jeanneau, Charal et Nicoll pourraient suivre. Les travailleurs de Michelin ne doivent pas rester isolés.
L’initiative d’aller manifester dans la zone industrielle montre le chemin à suivre. C’est en unissant les forces qu’on pourra lutter efficacement contre les licenciements.
Donald Trump a donc été réélu président des États-Unis. Et, cette fois, il obtient non seulement la majorité des grands électeurs, mais la majorité des voix dans le pays. Il conquiert en même temps la majorité au Sénat et conservera probablement la majorité à la Chambre des députés.
Une élection qui se traduira par la poursuite, voire l’accélération, des attaques contre les classes populaires dont le pouvoir d’achat a déjà été miné par l’inflation. L’élection d’un homme coupable de viol est une insulte à toutes les femmes ; d’un homme ayant tenu des propos racistes une menace pour tous les travailleurs migrants et, au-delà, pour tous les travailleurs.
Mais cela n’explique pas que des Noirs, des Latino-Américains, eux-mêmes en butte au racisme et à la xénophobie, se soient détournés de leur vote traditionnel pour le Parti démocrate. Cela n’explique pas que les dirigeants d’organisations syndicales, comme ceux du puissant syndicat des camionneurs, aient refusé d’appeler à voter pour la candidate démocrate, traduisant sans doute le penchant de certains d’entre eux pour Trump et sa démagogie populiste.
Que des travailleurs, des pauvres, des hommes victimes du racisme, des femmes victimes du sexisme votent pour un candidat milliardaire, raciste et violeur peut paraître aberrant. Mais il faut aussi se demander pour quelles raisons ils se sont détournés d’une femme candidate noire se réclamant, verbalement au moins, du monde du travail.
Le Parti démocrate a été au pouvoir, à travers le ticket Joe Biden-Kamala Harris, depuis quatre ans. Arrivé alors qu’on n’était pas encore sorti de la crise du Covid, Biden a mobilisé des centaines de milliards pour, officiellement, relancer l’économie. En réalité, pour subventionner les grandes entreprises. Face à l’inflation qui a rongé le pouvoir d’achat, cette fois pas de milliards, aucune mesure contre les acteurs et profiteurs de l’inflation : rien n’a été fait en faveur des classes populaires. Après avoir dénoncé la politique raciste de Trump vis-à-vis de l’immigration, Biden-Harris – car c’est cette dernière qui supervisait les questions d’immigration dans l’administration Biden –, ont durci les conditions de séjour et d’expulsion vis-à-vis des migrants arrivant du Mexique. Et, face à une police raciste qui continue de persécuter, voire tuer les Noirs, rien n’a été fait non plus, dans la lignée de l’inaction de Barack Obama.
Sur le plan international, Biden a prolongé la politique agressive de l’administration Trump vis-à-vis de la Chine, l’intensifiant même avec des menaces militaires à propos de Taïwan. Biden a poursuivi sa politique d’affaiblissement de la Russie à travers la guerre en Ukraine. Il a ouvert des crédits illimités pour soutenir la politique génocidaire de Netanyahou à Gaza et, aujourd’hui, au Liban, malgré le risque que, demain, la guerre s’étende dans tout le Moyen-Orient.
Autant de raisons pour ce qui apparaît comme une défaite de Kamala Harris et des Démocrates, plutôt qu’une victoire de Trump et des Républicains.
Il ne sert à rien de s’étonner du fait que l’Amérique se soit tournée vers un homme qui apparaît comme incohérent et illuminé. Derrière lui, il y a des équipes qui défendent le fric, ceux qui en ont et en veulent toujours plus, une politique à l’international comme sur le plan intérieur.
Sur le plan international, il mènera sans doute une politique brutale et décomplexée, défendant un nationalisme exacerbé, exigeant l’ouverture des marchés des autres tout en dressant des barrières douanières à l’entrée des États-Unis. Renouer avec Poutine, dont le système impérialiste dans son ensemble a besoin pour faire régner l’ordre dans une partie du monde, fait partie des options possibles de la bourgeoisie américaine – le peuple ukrainien ne compte pas plus pour Trump que pour Biden.
Sur le plan intérieur, derrière Trump, il y a un Elon Musk dont on se fiche pas mal de savoir s’il est réellement complotiste ou si c’est une posture démagogique. Elon Musk est un libertarien, partisan de l’effacement quasi complet de l’État devant les entreprises capitalistes. Trump lui a promis de le charger de la réforme de l’État – et l’on voit dans l’Argentine de Milei à quel point des dirigeants libertariens peuvent supprimer tout ce qui permet aux classes populaires de garder un peu la tête hors de l’eau. Oui, il faut s’attendre à ce que l’administration Trump s’en prenne aux services publics, à tous les budgets sociaux.
Alors… Défaite pour le camp des travailleurs ? Pas tout à fait ! Les attaques de l’administration Trump sont à venir. Des travailleurs, de leur côté, ont déjà entamé le combat contre la ruine de leur pouvoir d’achat. Des combats victorieux, non seulement dans l’automobile l’an dernier, mais il y a seulement deux jours dans l’aéronautique, avec la victoire des travailleurs de Boeing qui ont obtenu 38 % d’augmentation de leurs salaires sur quatre ans.
Les combats sont à venir. Il est probable que l’administration Trump intensifie la répression contre les militants ouvriers – l’arsenal juridique en place aux États-Unis, comme dans tous les États prétendument démocratiques, le permet déjà. Mais les travailleurs n’ont d’autre choix que de se battre sur le seul terrain où, pour eux, les dés ne sont pas pipés par avance : la lutte de classe.